L’observation de la Nature – Joshua Tree

Exploration de la notion d’observation. 

Observer c’est regarder, mais d’une certaine manière. Observer est un processus d’attente qui requiert attention et patience. Le fait d’observer est caractérisé par un état mental, dans lequel l’individu ouvre les yeux, nous dirons son esprit : on se rend disponible à cueillir des résultats. Observer ce n’est donc pas voir : il en faut plus pour observer que simplement ouvrir ses yeux. On peut voir sans voir, on peut être doté de la vision mais pour autant être un très mauvais observateur. Il y a une forme d’intelligence de l’observation, voila pourquoi elle doit pouvoir être pensé philosophiquement. 

Pourtant, une fois que l’on relie l’observation à la science avons nous épuisé le sujet ? Non. D’abord, il faudra expliquer ce que cette observation scientifique a de si spéciale, enfin, il faudra se demander si le scientifique a le monopole de cette quête scrutatrice de l’observation de la nature. L’observation semble en effet bien plus qu’une qualité du scientifique. Elle semble être la qualité de n’importe qui, qui souhaite être dans une démarcha active avec le monde. C’est ce que nous montrerons dans la deuxième partie du texte.

L’observation scientifique.  

L’observation source de questionnement.

L’observation a indéniablement un rôle central dans la construction du savoir scientifique car on ne pourrait imaginer un scientifique construire un savoir sans passer par l’épreuve du réel. L’observation est centrale dans les sciences du vivant, et ce depuis le Stagyrite. On reconnait la valeur scientifique des recherches d’Aristote car ce dernier avait observé avec beaucoup d’attention une multitude d’êtres vivants. Sa classification est fausse mais elle a le mérite de poser de sérieuse base à l’investigation scientifique. En Astronomie, l’observation des cratères de la lune et des satellites de Jupiter par Galilée au XVII n’ont pas été des petites trouvailles aléatoires, elles ont eu un impact extrêmement important : autant de nouveaux corps célestes possiblement à découvrir, autant de traces observables sur la surface de la lune qui montre que le ciel n’est pas sans passé. L’observation permet à l’esprit scientifique de s’émerveiller mais aussi de s’étonner et de se poser de bonnes questions. Pour Galilée, l’observation des satellites de Jupiter laisse penser que d’autres corps sont là sans qu’on ne les voit : l’univers est peut-être bien plus grand que ce que l’on pense (idée presque totalement nouvelle au XVII Siècle) : cela jette une pierre supplémentaire pour construire le bâtiment de la thèse héliocentrique. Kepler, observant le mouvement rétrograde de la la planète mars, pourra montrer grâce à cette observation que le système de Ptolémée est trop lourd, trop compliqué, et que le système héliocentrique peut tout à faire rendre compte du fait que la planète Mars semble faire des aller et retour dans le ciel. 

L’observation résultat de l’expérience.Non seulement l’observation permet de découvrir, mais l’observation permet également de regarder la solidité de ses propres hypothèses. Par l’observation on ne se contente pas de décrire, mais on peut comparer, fonder examiner. La méthode des quadrats utilisée lors de ce Field trip, nous a permis de décrire un écosystème en termes de variété d’espèces par rapport à une surface donnée. Elle permit de mettre en relation l’abondance ou la rareté en eau, en humidité avec le nombre d’espèces présentes dans la surface carrée délimitée par des ficelles que l’on a doublé jusqu’à ce que l’on en rencontre plus. On pouvait collecter des données, indiquer à la fois, le nombre d’espèces par carré dénombré et observer une décroissance du nombre d’espèces nouvelles observées à chaque doublement. Une représentation graphique de ces données est alors possible.

  • L’observation permet en ce sens de vérifier une hypothèse : est ce que ce que j’ai supposé semble totalement absurde ou est ce qu’une observation menée rigoureusement semble conforter mon hypothèse de départ.
  • L’observation en ce sens permet aussi de comparer les résultats entre différents observateurs car la méthode est la même – les résultats sont donc comparables en raison de l’application d’un protocole. On peut Controller les résultats d’un groupe défaillant par rapport aux résultats de la moyenne des groupes.
  • L’observation est publiable, vérifiable, comparables avec d’autres données qui ont pu être menées à d’autres moments à d’autres endroit.

L’observation en science est donc scrupuleuse, attentive, précise, quantifiable, méthodique etc. On pourrait démultiplier les adjectifs, mais nous avons compris l’idée. Elle cherche une certaine objectivité. Il serait peut-être un peu fort d’affirmer qu’elle est objective (comme être sûre que notre manière de voir, notre perception individuelle ou culturelle n’interfère pas ?) Il demeure qu’elle tend vers vers l’objectivité, car tout est fait pour que dans l’observation scientifique, les discussions inutiles, partiales, subjectives soient éludées. Le protocole fixe des règles, comme il y a des règles dans un jeu. Il ne revient en aucun de dire pour chacun ce qu’il voit ou ce qu’il ressent, il faut plutôt qu’il dise ce qu’il a mesuré.   

L’observation est un acte de la raison.L’observation est donc essentielle à la démarche scientifique : elle lui impose la contrainte du réel. Le scientifique ne peut affirmer péremptoirement sans s’appuyer sur des observations. L’observation permet de vérifier des hypothèses ou des les infirmer. Dans le premier cas il y a une convergence entre l’Hypothèse et le résultat de l’observation, dans le second cas, soit l’observation été mal faite, soit l’hypothèse doit être reformulée. Quand elle est organisée par l’expérimentation et qu’elle est la conclusion de l’expérience l’observation doit pouvoir être quantifiée, publiée, critiquée. La science procède de cette discussion et de l’examen critique car la science est rationnelle. La seule autorité que reconnaît la raison est l’autorité de la solidité des arguments avancés c’est à dire leur cohérence, le respect des enchaînements logiques dans les chaînes de déductions, la conformité entre les résultats et les énoncés, l’honnêteté des données produites etc. Le sentiment, l’intuition, l’imagination, sont certes importants dans le processus de problématisation, mais ne peuvent se présenter sous la forme d’une preuve ou d’un argument dans la publication des résultats. La raison aime contrôler, vérifier, examiner, scruter, faire et refaire, elle est une faculté maniaque qui n’a jamais dit définitivement son dernier mots (une hypothèse est admise comme valable jusqu’à ce que l’on en trouve une meilleur ou que l’on trouve à redire). La raison n’aime pas la vérité, mais valorise plutôt un processus de construction des connaissances qui ne s’arrête jamais vraiment. Un autre aspect de la démarche rationnelle que l’on trouve à l’œuvre dans l’observation scientifique est cette façon avec laquelle l’observation est aussi imprégnée de tout un vocabulaire spécifique, construit par la démarche scientifique elle même. Les observations réalisées sont cadrées et structurées par des concepts que nous avons utilisés pour rendre raison des observations (espèces, biotope etc.). Ces concepts sont aussi des constructions produites par le scientifique qui lui permet de penser l’expérience et les observations qui en découlent. En retour peut être aussi que ces observations amènent les scientifiques à reformuler les concepts. L’observation n’est donc pas tellement le fait de la vision, mais est bien le résultat d’une action de l’esprit qui veut et qui cherche à connaître. Pour rendre “visible” il faut d’abord se poser des questions, s’intéresse, problématiser et esquisser des réponses (hypothèses). Ce qui intéresse donc le scientifique dans l’observation ce n’est pas tant le visible que ce qui peut être rendu intelligible (accessible à l’intelligence).  

Le plaisir de l’observation de la Nature.  

 Il y a bien d’autres manières d’observer, différentes de la version scientifique de l’observation. Observer la Nature pour la connaître parce que cela nous est utile (application technique, médecine, pharmacologie etc.)  Mais le scientifique lui-même n’est-il pas animé d’un intérêt pour la Nature. Pourquoi chercherions-nous à connaître si au préalable, il n’y avait pas une forme de respect pour cette nature qui est posée devant nous, qui reste un mystère bien que nous en faisons partie et qui ne cesse de nous étonner ?  N’y a t-il pas même dans l’observation scientifique un certain sens esthétique, qui bien que différent de la démarche de production des connaissances, semble toujours accompagner cette démarche objective. 

Joshua TreeLa Nature est bien un objet d’intérêt la Nature nous plait parce qu’elle est belle. Nous avons pu voir par exemple dans le désert du Mojave, un spectacle bien caractéristique qui a fait le succès de Joshua Tree National Park. Il s’agit de longues étendues dominées par une végétation basse et éparse, ponctuée ici et là par la présence des Joshua tree, semblant tous se tenir à une distance respective les uns des autres, et qui pourtant montre une densité qui ne fait pas de cet arbre une denrée rare dans le paysage. Ils forment comme des points d’exclamation qui se seraient ramifiés dans leur partie supérieures, en une, deux trois branches, parfois la ramification a lieu plus bas dans le tronc. Ils ont cette caractéristique insolite, celle qui les fait se courber soit comme des êtres torturés par leur propre poids soit comme des êtres très polis qui s’inclineraient les uns devant les autres. A l’arrière plan de ce paysage étrange, les chaos granitiques, mobiles et fissurés, qui se posent, non pas par leur hauteur mais par leur volume et la complexité des rainures qui fissurent des pans entiers de leur surface. 

Le désintéressement. L’impression que laisse en nous un paysage est une impression souvent agréable, car le paysage se donne à voir et il nous plaît de l’observer. La question est de savoir qu’est ce qui produit cette sensation agréable qui ne semble rattacher à aucun intérêt particulier. Rousseau nous l’apprend dans les rêveries du promeneur solitaire. Les moments où la nature le touche le plus ne sont pas ces moments où il est à quatre pates en train de faire sa botanique, mais bien plutôt ses moments où il est sur ces deux jambes, en train de marcher, de randonner, de contempler. Si la Nature s’observe, elle se contemple tout autant. Chez Rousseau elle devient le moment d’un retour à soi possible, plus tard pour Thoreau, ou pour John Muir, la Nature devient le lieu où une expérience fondamentale de l’Homme relié à l’univers peut se réaliser. La réponse semble être pourtant la même : nous aimons contempler la Nature car elle elle nous plait sans qu’il y ait de pourquoi. Il s’agit d’une sorte de jeu entre nous observateur et la nature qui est observée, un jeu où il n’y a ni méthode, ni intérêt. A la différence de l’observation scientifique, il s’agit d’une observation qui se laisse aller, qui divague, qui glisse sur chaque aspect du paysage et qui n’est pas en recherche d’une chose précise. A la différence de l’observation utilitaire, on ne cherche pas non plus ce qui pourrait potentiellement être exploité. Le paysage nous plaît simplement parce qu’il est là. C’est ce que l’on appelle le désintéressement. 

Le Pittoresque. Ce plaisir simple de la Nature a donné lieu au XIX siècle à une rencontre étrange entre la science et la peinture. Aux Etats-Unis, des programmes existent pour cartographier, répertorier les grands espaces de l’ouest. Des expéditions de naturalistes, de géologues, de biologistes etc. se forment pour tenter de dénombrer les richesses des paysages encore méconnus. Les expéditions pour Yellowstone et Yosemite sont les plus connues. A ces expéditions, se joignent des peintres, des dessinateurs, qui vont venir faire des représentations de ses paysages. C’est grâce à eux que ces paysages vont pouvoir être connus du grand public, des autorités politiques (qui finiront par créer les parcs nationaux). Mais ces peintres vont aussi crée ce goût pour la “vue”, le “scénique vie”. Le peintre en effet doit toujours représenter le paysage à travers un cadre, le spectateur n’a pas d’autres choix que de regarder selon la délimitation que le peintre à choisit. Il préférera donc choisir les scènes les plus spectaculaires (levers – couchers de soleil, vues panoramiques, altitudes et vallées, clairière plutôt que bois touffus et obscures etc.) On appelle ce goût pour la scène admirable le pittoresque (Picture l’Ike).On essaie de rendre de la façon la plus satisfaisante possible une vue supposée réelle (car souvent en réalité les vues sont recomposée en partie selon l’imagination du peintre ou selon une recomposition à partir de différentes vues qui ont été réellement observée).  

Vers une appréciation plus complexe du paysage.John Muir, dans A Near VIe of the High Sierrase moquera du Pittoresque de la façon suivante. Pendant que Muir laissent des peintres dans le contres d’un massif montagneux, les mettant face à des paysages des lacs, des rivières etc. Muir entreprend l’ascension du Mount Ritter. Pendant que les peintres s’affairent à des représentations de paysages pittoresques, Muir fait une réelle expérience esthétique pendant l’ascension de la Montagne. Le récit procède un peu de la façon avec laquelle nous avons parlé de Rousseau. Pendant que le marcheur randonne sur le chemin, il chemine aussi dans son esprit. Pendant qu’il avance sur son sentier, la Nature, toute par touche, étape le met dans les conditions d’une contemplations réelle, prolongée, du paysage qui ne se réduit pas ici seulement à la question de la vue scénique. Muir est un auteur important, car outre son rapport personnel à la Nature (contemplateur, explorateur et scientifique) il montre que le paysage ne peut pas se réduire seulement à la scène, au pittoresque qui n’est que l’exemple le plus spectaculaire mais aussi le plus pauvre de la visite d’un parc naturel. Les parcs nationaux, aujourd’hui proposent des sentiers, ils proposent aussi ces vues scéniques qui visitées bout à bout donne l’impression au visiteur qu’il peut faire le tour du parc en quatre ou cinq arrêts remarquables. Mais est ce que la richesse d’une visite d’un parc comme Joshua Tree se réduit à l’accumulation des stops et de vues ? Le fiels trip organisé, propose tout autre chose.

Conclusion : Complémentarité des deux types d’observations.Si la recherche d’un plaisir esthétique de la Nature est fondée peut-être sur le désintéressement, et si l’observation scientifique est fondée sur une approche rationnelle et méthodique, il apparait que les deux types d’observations ne sont cependant pas à opposer. En effet, comment ne pas voir que connaître permet justement de mieux apprécier ?

Annexe 1 : Sur l’observation scientifique :

L’expérience peut donc s’acquérir par un raisonnement empirique et inconscient; mais cette marche obscure et spontanée de l’esprit a été érigée par le savant en une méthode claire et raisonnée, qui procède alors plus rapidement et d’une manière consciente vers un but déterminé. Telle est la méthode expérimentale dans les sciences, d’après laquelle l’expérience est toujours acquise en vertu d’un raisonnement précis établi sur une idée qu’a fait naître l’observation et que contrôle l’expérience.
Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865)
« Déjà l’observation a besoin d’un corps de précautions qui conduisent à réfléchir avant de regarder, qui réforment du moins la première vision, de sorte que ce n’est jamais la première observation qui est la bonne. »
Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique, 1934

Annexe 2 : Sur  la Raison.
Mot : un mot est par définition polysémique, la définition varie selon le contexte et l’intention du locuteur. Par ailleurs un mot a presque toujours au moins deux signification.
Concept : Un concept est un mot que l’on va définir de façon précise afin d’éviter tout polysémie. Dans toute démarche de réflexion rationnelle on a besoin d’utiliser des mots sur lesquels il ‘y aura qu’un minimum d’équivoque. Si la science produit donc un language qui peut paraître compliqué de l’extérieur, c’est parce que la science pour penser le réel ne peut pas se contenter d’expériences  elle doit aussi pouvoir penser ces expériences en utilisant des concepts rigoureux et précis.
Raison : La raison est une faculté (comme l’imagination, la mémoire etc.) La raison est une notion ancienne, longtemps discutée par les anciens, qui avait de la possession de la raison, le fondement de la différence et de la supériorité entre les hommes et les animaux. Aujourd’hui, sans aller jusqu’à parler d’âme rationnelle, on peut parler d’une faculté qui permet à l’homme de séparer, d’isoler, de distinguer. La raison procède en ce sens d’un calcul (Hobbes) ou d’une capacité à discerner le vrai, le faux et le probable (Descartes). La raison est aussi ce qui nous permet de nous décentrer de nous mêmes (par opposition au désir) et donc qui nous permet d’atteindre l’universalité. Cet aspect est important, car la démarche du philosophe ou du scientifique, n’est pas de penser pour lui même, mais de produire des énoncés ou des connaissance qui soit applicables indépendamment des cultures, des époques ou des intérêts personnels.
Rationalité : Par rationalité on fait évidemment référence à la raison, mais on insiste davantage ici sur une démarche qui consiste à examiner, peser, vérifier, critiquer pour tester la solidité d’un énoncé. La rationalité est cruciale en science, car la science est le domaine par excellence où l’argument d’autorité, le secret, le « à peu près », n’ont aucune place. La rationalité désigne une vraie qualité morale : celle d’être exigent avec soi-même et de n’accepter pour soi que ce que l’on accepterait pour quelqu’un d’autre. C’est parce que le scientifique est rationnel qu’il va chercher à adopter une méthode scientifique qui sera différente selon le champ d’étude ou l’objet d’étude (les méthodes de la thermodynamique ne sont peut pas les mêmes que celles de la physique quantique). C’est parce que le scientifique est rationnel, qu’il va refuser tout énoncé qui ne peut pas se soumettre au critère de la falsifiabilité (Popper), c’est parce que le scientifique est rationnel qu’il va soumettre son esprit aux lois de la logique et ne déduire d’un énoncé ou d’une expérience que ce qu’il est possible de déduire de celle ci.

Annexe 3 : le désintéressement. 

La satisfaction qui détermine le jugement de goût est désintéressée. (…) Lorsque (…) la question est de savoir si une chose est belle, on ne désire pas savoir si nous-mêmes, ou toute autre personne portons ou même pourrions porter un intérêt à l’existence de la chose, mais comment nous la jugeons en la considérant simplement (qu’il s’agisse d’intuition ou de réflexion).
Kant Critique de la Faculté de Juger.1790
Le jugement de goût est seulement contemplatif ; c’est un jugement qui, indifférent à l’existence de l’objet, ne fait que lier sa nature avec le sentiment de plaisir et de peine.« 
Kant Critique de la Faculté de Juger. 1790
Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l’eau de plus près, mais elles ne sont pas moins riantes. S’il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d’asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapprochés. Comme il n’y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs, mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s’enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la montagne ! Ce beau bassin d’une forme presque ronde enferme dans son milieu deux petites îles, l’une habitée et cultivée, d’environ une demi-lieue de tour, l’autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de terre qu’on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande. C’est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant.
Rousseau Rêveries du Promeneur Solitaire, 5ème promenade.

Annexe 4 : Le Pittoresque et sa critique. 

John Muir – (1834 – 1914)

« All my first day was pure pleasure; simply mountaineering indulgence, crossing the dry pathways of the ancient glaciers, tracing happy streams, and learning the habits of the birds and marmots in the groves and rocks. Before I had gone a mile from camp, I came to the foot of a white cascade that beats its way down a rugged gorge in the cañon wall, from a height of about nine hundred feet, and pours its throbbing waters into the Tuolumne. I was acquainted with its fountains, which, fortunately, lay in my course. What a fine traveling companion it proved to be, what songs it sang, and how passionately it told the mountain’s own joy! Gladly I climbed along its dashing border, absorbing its divine music, and bathing from time to time in waftings of irised spray. Climbing higher, higher, new beauty came streaming on the sight: painted meadows, late-blooming gardens, peaks of rare architecture, lakes here and there, shining like silver, and glimpses of the forested middle region and the yellow lowlands far in the west. Beyond the range I saw the so-called Mono Desert, lying dreamily silent in thick purple light–a desert of heavy sun-glare beheld from a desert of ice-burnished granite. Here the waters divide, shouting in glorious enthusiasm, and falling eastward to vanish in the volcanic sands and dry sky of the Great Basin, or westward to the Great Valley of California, and thence through the Bay of San Francisco and the Golden Gate to the sea.

Passing a little way down over the summit until I had reached an elevation of about 10,000 feet, I pushed on southward toward a group of savage peaks that stand guard about Ritter on the north and west, groping my way, and dealing instinctively with every obstacle as it presented itself. Here a huge gorge would be found cutting across my path, along the dizzy edge of which I scrambled until some less precipitous point was discovered where I might safely venture to the bottom and then, selecting some feasible portion of the opposite wall, reascend with the same slow caution. Massive, flat-topped spurs alternate with the gorges, plunging abruptly from the shoulders of the snowy peaks, and planting their feet in the warm desert. These were everywhere marked and adorned with characteristic sculptures of the ancient glaciers that swept over this entire region like one vast ice-wind, and the polished surfaces produced by the ponderous flood are still so perfectly preserved that in many places the sunlight reflected from them is about as trying to the eyes as sheets of snow.

God’s glacial-mills grind slowly, but they have been kept in motion long enough in California to grind sufficient soil for a glorious abundance of life, though most of the grist has been carried to the lowlands, leaving these high regions comparatively lean and bare; while the post-glacial agents of erosion have not yet furnished sufficient available food over the general surface for more than a few tufts of the hardiest plants, chiefly carices and eriogonæ. And it is interesting to learn in this connection that the sparseness and repressed character of the vegetation at this height is caused more by want of soil than by harshness of climate; for, here and there, in sheltered hollows (countersunk beneath the general surface) into which a few rods of well-ground moraine chips have been dumped, we find groves of spruce and pine thirty to forty feet high, trimmed around the edges with willow and huckle-berry bushes, and oftentimes still further by an outer ring of tall grasses, bright with lupines, lark-spurs, and showy columbines, suggesting a climate by no means repressingly severe. All the streams, too, and the pools at this elevation are furnished with little gardens wherever soil can be made to lie, which, though making scarce any show at a distance, constitute charming surprises to the appreciative observer. In these bits of leafiness a few birds find grateful homes. Having no acquaintance with man, they fear no ill, and flock curiously about the stranger, almost allowing themselves to be taken in the hand. In so wild and so beautiful a region was spent my first day, every sight and sound inspiring, leading one far out of himself, yet feeding and building up his individuality.

Now came the solemn, silent evening. Long, blue, spiky shadows crept out across the snow-fields, while a rosy glow, at first scarce discernible, gradually deepened and suffused every mountain-top, flushing the glaciers and the harsh crags above them. This was the alpenglow, to me one of the most impressive of all the terrestrial manifestations of God. At the touch of this divine light, the mountains seemed to kindle to a rapt, religious consciousness, and stood hushed and waiting like devout worshipers. Just before the alpenglow began to fade, two crimson clouds came streaming across the summit like wings of flame, rendering the sublime scene yet more impressive; then came darkness and the stars. »
John Muir, A Near View of the High Sierra.
« The Hudson River School was America’s first true artistic fraternity. Its name was coined to identify a group of New York City-based landscape painters that emerged about 1850 under the influence of the English émigré Thomas Cole (1801–1848) and flourished until about the time of the Centennial. Because of the inspiration exerted by his work, Cole is usually regarded as the “father” or “founder” of the school, though he himself played no special organizational or fostering role except that he was the teacher of  Frederic Edwin Church (1826–1900).[…] From the start, Cole’s style was marked by dramatic forms and vigorous technique, reflecting the British aesthetic theory of the Sublime, or fearsome, in nature. In the representation of American landscape, really in its infancy in the early nineteenth century, the application of the Sublime was virtually unprecedented, and moreover accorded with a growing appreciation of the wildness of native scenery that had not been seriously addressed by Cole’s predecessors. »

The Rocky Mountains, Lander’s Peak, 1863.

Hayden expedition in camp; k# 64,285; William H Jackson; 1872

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