Aristote / la logique / Organon.

La logique tout le monde la réclame, très peu en use. Le désir, la recherche personnelle de notre satisfaction, la tendance naturelle de l’homme à utiliser autrui comme un simple moyen, la mauvaise foi, le simple plaisir d’avoir raison même quand on a tort sont les ressorts de la logiques. Pour gagner une discussion, pour se convaincre soi même, la raison exige qu’un raisonnement tienne la route, c’est à dire qu’il soit déductif, cohérent, bref logique. Bien souvent utilisé, ce mot n’est pas souvent défini. Se revendiquer de la logique ne va pas suffire cette fois …

Dans le dictionnaire Lalande,  on peut trouver parmi trois définitions celle-ci :

« L’une des parties de la philosophie : science ayant pour objet de déterminer, parmi toutes les opérations intellectuelles tendant à la connaissance du vrai, lesquelles tendant à la connaissance du vrai, lesquelles sont valides, et lesquelles  ne le sont pas »

 La logique est la science qui réfléchi sur les règles de validité qui fait que l’on passe d’un énoncé ou d’une proposition à l’autre. Cela signifie donc deux choses.

Premièrement que l’on sache ce que c’est qu’un énoncé,

Deuxièmement que l’on connaisse un certain nombre de règles qui permettent de comprendre comment on passe d’un type d’énoncé à d’autres énoncés, de prémisses en d’autres termes, à une conclusion.

Comme pour beaucoup de choses, c’est notre Aristote préféré qui le premier va s’occuper de ce défi. Dans la lignée de ses prédécesseurs Socrate et Platon, Aristote veut un instrument efficace de lutte contre les Sophistes.

Dans l’antiquité grecque, Aristote dans L’Organon  (instrument) va chercher à fonder les règles d’une première logique que l’on appelle la syllogistique. Aristote voulait mettre au point une sorte de législation du raisonnement qui devait conduire infailliblement à la vérité de ceux-ci, si les règles en étaient respectées. Il fallait pour le Stagyrite de lutter contre les sophismes, qui étaient des raisonnements faux dans le but de tromper, mais qui avait toute l’apparence d’un raisonnement vrai. Voilà la définition :

« Le syllogisme est un discours dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d’autre que ces données en résulte nécessairement par le seul fait de ces données. Par le seul fait de ces données : je veux dire que c’est par elles que la conséquence est obtenue ; à son tour, l’expression c’est par elles que la conséquence est obtenue signifie qu’aucun terme étranger n’est en plus requis pour produire la conséquence nécessaire. »

Aristote, Organon (Premiers Analytiques).

COMMENT CA MARCHE ?

Un syllogisme est un énoncé qui enchaine 3 propositions, chacune d’entre-elles doit être construite de la façon suivante :

La tartiflette est bonne

Tout le monde aura reconnu la forme :

 A est

Si on réfléchit bien on arrivera à quatre types de propositions : on appelle la qualité le fait qu’un énoncé soit négatif ou affirmatif. On appelle la quantité le fait qu’un énoncé soit universel (tous les ….) ou particulier (il existe au moins un … ou quelques ….). Il existe alors 4 formes de propositions possibles selon la quantité ou la qualité.

Universelle affirmative (A) : Toutes les tartiflette sont croustillantes.

Universelle négative (E) : Aucune tartiflette n’est croustillante

Particulière affirmative (I) : quelques tartiflettes sont croustillantes

Particulière négative (O) :  quelques tartiflettes ne sont pas croustillantes

Aristote qui établit cette distinction entre plusieurs types de syllogismes va mettre l’accent sur un syllogisme en particulier, le syllogisme catégorique. C’est l’agencement de deux propositions simples, desquelles doit découler nécessairement une conclusion.

Majeure, mineure, conclusion.

Tous les hommes sont mortels

Tous les grecs sont des hommes

Tous les grecs sont mortels

« mortels » est le grand terme (T). Le grand terme est toujours dans la majeure et l sert de prédicat à la conclusion

« grecs» est le petit terme (t) il est dans la mineure et il sert de sujet dans la conclusion.

Le moyen terme  (M) est dans la majeure et dans la mineure et il disparaît dans la conclusion. C’est le moyen terme qui permet de conclure en établissant une relation entre la majeure et la mineure. Le moyen terme peut être ou sujet ou prédicat dans la majeure et dans la mineure. Cela donne en fonction de sa position 4 figures possibles du syllogisme, comme le montre le tableau en dessous ou au dessus.

Théoriquement nous pourrions, en combinant les figures et les modalités (A / E / I O) obtenir 256 types de syllogismes, mais la plupart d’entre eux ne sont pas valides et si l’on tient compte des règles du syllogismes, on aboutit à seulement 19 modes valides. La tradition scolastique leur a donné des noms. Voici la liste.

Ainsi, le plus connu des syllogismes, Barbara, est un syllogisme de la première figure (le moyen terme est sujet dans la majeure et prédicat dans la mineure). La majeure est universelle affirmative (A) «bar…». La mineure est universelle affirmative également (A) «..bar…». La conclusion sera universelle et affirmative également (A) « …a». Ce qui nous donne Barbara !

Mais toute la question est de savoir pourquoi nous avons éliminé 235 syllogismes. En d’autres termes, comment fabrique t-on des sophismes !

1) Tout d’abord il ne peut y avoir qu’un seul moyen terme et non pas deux. Il faut faire attention alors aux ambiguité du langage naturel. Ici il y a équivoque, le premier «rare» désigne ce qui n’est pas abondant, le second désigne exceptionnel. En réalité nous n’avons pas vraiment le même sens, nous ne devrions pas être légitimé à conclure.

Tout ce est rare est cher

Un cheval à 5 francs est rare

Un cheval à 5 francs est cher

2) Le moyen terme ne peux jamais revenir dans la conclusion

tout malade demande des soins

tout homme déprimé est malade

tout malade est un homme déprimé

3) Deux jugements affirmatifs ne peuvent engendrer une conclusion négative

4) de deux prémisses négatives je ne peux rien conclure

aucun puissant n’est miséricordieux

aucun pauvre n’est puissant

aucun pauvre n’est miséricordieux

5) de deux prémisses particulières on ne peut rien conclure

certains hommes sont bons

certains méchants sont hommes

certains méchants sont bons

6) La conclusion suit toujours les prémisses les plus faibles. Si une des prémisses est une particulière, la conclusion devra être particulière. Si une des prémisses est négative, la conclusion sera négative.

Limites du syllogisme

  • « Comment savez-vous que je suis folle ? » dit Alice.
  • « Vous devez l’être, » dit le Chat, « sans cela ne seriez pas venue ici. »
  • Alice pensa que cela ne prouvait rien. Toutefois elle continua : « Et comment savez-vous que vous êtes fou ? »
  • « D’abord, » dit le Chat, « un chien n’est pas fou ; vous convenez de cela. »
  • « Je le suppose, » dit Alice.
  • « Eh bien ! » continua le Chat, « un chien grogne quand il se fâche, et remue la queue lorsqu’il est content. Or, moi, je grogne quand je suis content, et je remue la queue quand je me fâche. Donc je suis fou. »

 

La logique nous allons le voir également avec la logique des proposition, est formelle. Voila pourquoi Lewis Carroll peut jouer de façon absurde avec les raisonnements tout en étant rationnel ! La logique est formelle, cela veut dire qu’elle ne s’intéresse pas au contenu des énoncés mais seulement à leur relation, cela fait qu’on peut leur faire dire n’importe quoi !

Deuxième limite, Avec la syllogistique d’Aristote nous avons une véritable grammaire des règles d’inférence valide. Nous sommes en mesure de comprendre pourquoi il y a des raisonnements desquels, à partir des deux premières prémisses on ne peut rien conclure. Il ne s’agit donc pas d’une science en tant que tel, car nous ne découvrons encore rien avec cette logique, mais néanmoins, nous sommes capable de connaître les formes valides dans lesquels un raisonnement juste va pouvoir s’insérer.

Le syllogisme ne nous apprend rien, en tout cas c’est ce que Descartes nous explique dans Les règles pour la direction de l’esprit.

 

Néanmoins, tout l’inconvénient de la logique d’Aristote est d’être encore tributaire d’un raisonnement en trois parties et du langage naturel. Or heureusement nous ne raisonnons pas constamment sous la forme de syllogisme !