Kant vs Machiavel

Morale conséquentialiste vs Morale de l’intention (Devoir vs Bonheur).

 INTRODUCTION :  Faut-il privilégier l’intention bonne ou l’efficacité de l’acte? 

Machiavel vs Kant.  

Il existe dans l’Histoire de la philosophie deux grandes conceptions qui définisssent la morale de façon bien différente. Le propos ici n’est pas de résumer l’Histoire des Idées en deux grands camps, mais bien de montrer, si vous avez un sujet sur la morale, le Bonheur et le devoir que l’on peut ranger certains philosophes en deux grandes catégories.

J’aimerai commencer par l’analyse du début du chapitre XVII du Prince. Nous avons vu en étudiant le Prince de Machiavel, que ce qui dertermine la justesse d’une action morale en politique ce n’est pas la pureté de l’intention. Ainsi, Machiavel se demande si le Prince doit être vertueux ou non (le fait même de se poser la question montre que Machiavel rompt avec une tradition qui se se serait uniquement attaché à montrer de quelles vertus le Prince doit disposer sans jamais s’interroger s’il doit être vertueux ou non). Il écrit :

« Venant ensuite aux autres qualités citées ci-dessus, je dis que chaque prince doit désirer être réputé miséricordieux et non pas cruel ».

Cette phrase pourrait laisser penser que la vertu est donc préférable et que Machiavel reste moralement acceptable pour le sens commun qui accepte mal qu’un homme politique puisse agir mal, ouvertement … Pourtant cette phrase est tout de suite nuancée :

« Néanmoins il doit prendre garde de ne pas faire un mauvais usage de la pitié. César Borgia était jugé cruel ; néanmoins sa cruauté avait restauré la Romagne, l’avait unifiée, l’avait ramenée en paix et en confiance. Ce en quoi, si l’on considère bien, on verra qu’il a été beaucoup plus miséricordieux que le peuple florentin, qui, pour fuir le nom de cruel, laissa détruire Pistoia.« 

Cette nuance est des plus importante. Que vaut-il mieux? Un Prince cruel qui arrive à des résultats tout à fait importants : la sécurité, la paix, l’ordre civil ou bien vaut-il mieux un Prince qui au nom de ses principes et de sa conscience refuse d’employer des moyens sales mais qui arrivent à laisser pourir une situation future. Ainsi Forence qui ne voulait pas se salir les mains à intervenir militairement à Pistoïa laissa de fait les conflits internes détruire la cité ? Nous touchons la du doigt un question fondamentale en morale : les fins que l’on se proposent peuvent-elles parfois autoriser l’utilisation de moyens qui sont contraires à ses fins.

La moralité de l’intention pure.

Kant (1724-1804)

Critique de la Raison Pratique 1788.

Fondements de la métaphysique des moeurs. 1785.

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ETAPE 1 : mise en situation. 

Entre son devoir et son bonheur : l’exemple des sacrifiés, Jean Moulin, un modèle de moralité.

Jean Moulin, 1930.

19 Décembre 1964. Discours d’hommage d’André Malraux à Jean Moulin. 

Le Texte.

« A supposer que quelqu’un prétende ne pouvoir résister à sa passion luxurieuse quand l’objet aimé et l’occasion se présentent à lui; on demande si un gibet se trouvant dresser devant la maison, où cette occasion s’offre à lui, pour l’y prendre aussitôt sa passion satisfaite il lui serait dans ce cas impossible de dompter son inclination. On n’aura pas à chercher longtemps ce qu’il répondrait. Mais demandez lui si, son prince lui intimant, sous menace de la même mort immédiate, de porter un faux témoignages contre un homme honnête qu’il voudrait bien perdre sous de spécieux prétextes, il tiendrait dans ce cas pour possible quelques grande que puisse être son amour de la vie, de la vaincre malgré tout? Il n’osera peut être assurer s’il le ferait ou non,  mais il devra concéder sans hésitation que cela lui est possible. Il juge donc qu’il peut quelque chose parce que la conscience qu’il le doit, et il reconnait en lui la liberté qui, sans la loi morale lui serait resté inconnu ».

Kant Critique de la Raison Pratique. 

Le texte du Gibet est un texte très important. Selon Kant, lorsque nous sommes face à certaines situations morales, nous nous retrouvons à agir égoïstement. Si j’ai le choix entre perdre ma vie ou trahir un ami, peu sont ceux sans doute qui consentirait à faire le choix du sacrifice de soi au nom de la rectitude morale. Sacrifier quelqu’un parce que c’est dans mon intérêt c’est là le mal : je transforme autrui en instrument, l’instrument de ma propre satisfaction, de mon propre égoïsme.

L’argument : « je n’avais pas le choix » est-il recevable?

La loi morale :

=> trahir pour sauver sa vie est sans doute la solution que la majorité des hommes suivraient.

=> Peu choisirait, comme Jean Moulin de subir la torture et la souffrance.

=> TOUS savent ce qu’il est juste de faire.

En toute circonstance (même quand je ne le fais pas, surtout quand je ne le fais pas, je sais ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Cette chose que nous avons tous en nous, que nous savons reconnaître en toute circonstance, kant l’appelle : la loi morale.


Rome Ville Ouverte (1945) Rosselini est un film d’après guerre cherchant à montrer la vie sous l’Italie Fasciste. Film sans concession, cru, réel, vrai sans ornement. Il raconte notamment l’Histoire de Don Pietro Pellegrini. Ce prêtre, au première loge du spectacle de ce dont le fascisme est capable, finira par fairte le choix de la protection des innocents. Il finira torturé, exécuté devant les enfants de sa paroisse. Mais il en sortira grandi car la rectitude de son action nous inspire le respect. Il est un exemple de ce que produit en nous quand nous sommes, selon Kant devant le spectacle d’une action morale, conforme à la loi morale. 


ETAPE 2 : Le respect et l’Humiliation.

Selon Kant, ce que vous ressentez quand vous trichez, quand vous mentez c’est le poids de la loi morale que vous voyez et que vous ne respectez pas.


DEF : Le respect c’est ce sentiment rationnel qui nous élève car  il nous pousse à réaliser la loi morale. Dans le même temps le respect est ce qui nous humilie car il nous montre ce que nous aurions du faire et que nous n’avons pas fait.

EXEMPLE : Jean moulin ne nous révèle pas la grandeur de jean moulin, mais il nous relève la dignité de l’humanité ! Il me révèle non pas ce que jean Moulin a fait mais ce que n’importe qui aurait du faitre.


Reprenons l’exemple du gibet. La personne a qui on met le couteau sous la gorge pour qu’elle produise un faux témoignage. Cette personne est contrainte extérieurement à produire un faux témoignage. Son intérêt et son désir le pousse à produire un faux témoignage, sinon c’est le gibet. Mais produire un faux témoignage ce n’est pas moral. Quel sera le choix de la volonté? Tout le monde dira que cette personne produira le faux témoignage car qui irait jusqu’à risquer sa vie pour simplement respecter la loi morale ?

Mais dans la contrainte la plus ignoble, je suis capable de m’arracher à ce vers quoi me pousse mon désir. La loi morale même si je ne la respecte pas je la vois.

J’en ai conscience, je conçois que j’aurais pu agir moralement ! c’est pour cela que je ne suis pas fier quand je triche ou quand je mens, car je savais ce qu’il était possible de faire mais je ne l’ai pas fait uniquement pour satisfaire mes satisfactions égoïstes.

El Laberinto del Fauno, Guillermo del Toro (2006). Ce film dont l’Histoire se situe à la sortie de la guerre d’Espagne raconte l’Histoire d’une jeune fille qui oscillant entre un monde fantastique et le monde historique nous restitue les éléments d’une terrible répression mené par les vainqueurs. Son Beau père le capitaine Vidal, est le personnage anti-kantien par excellence, c’est un monstre, qui se plait dans l’humiliation de sa propre dignité au nom de pretextes politiques. Il en devient littéralement un lorsque dans le monde des rêves la jeune fille rencontre l’horrible ogre  ci dessous. 


Mais qu’est ce à quoi je renonce quand je choisit  la voie du désir ou de l’inclination ?

Si sous la menace de la potence je choisit le faux témoignage je renonce à ma condition d’être humain. Je ne fais que suivre mes instincts de survis, je choisis la vie mais pas la liberté. En suivant l’inclination je me soumet à mon animalité. Je ne me fais pas homme quand je renonce à la raison, au contraire je m’avilis.

On peut observer un certain nombre d’exemple de dignité qui nous interroge et qui suscite en nous un sentiment d’une nature étrange. La loi morale c’est ce qui impose le respect. Le respect  c’est  « tu dois ! » donne à l’individu. Devant un tel exemple de moralité on ne peut franchement qu’éprouver le respect. Voilà ce que c’est que le respect !

Ce n’est pas un petit sentiment, ce n’est pas l’admiration que j’éprouve devant tel ou tel personne, grand homme ou inversement, ce n’est pas le prestige ni le clinquant qui suscite le respect. Le respect c’est beaucoup plus fort que cela.

Antigone devant le corps de Polynice. Nikoforos Lytras, 1865.

Le Respect, ce sentiment moral, est d’un type bien particulier, il est un sentiment rationnel. Ce n’est pas une inclination et on comprend tout à fait ce que dit Kant la dessus, non seulement on le comprend mais en plus on le sens et le ressens. On comprend pourquoi Antigone était un personnage qui nous inspire tant de respect et qui est si digne même dans la mort. Jamais Antigone ne flanche, elle suit sa loi divine, elle la suit au delà de ses intérêts propres et égoïstes qui sont de demeurer en vie.

Antigone reste digne car elle est libre. Elle est fidèle à la loi que sa raison lui prescrit, elle ne soumet à la dictature de ses instincts de survie. C’est pour cela que le personnage d’Antigone nous parle encore avec Force, qu’on ne peut pas être insensible à sa dignité. Antigone montre que la loi morale en tant qu’elle est rationnelle, est quelque chose d’universel qui parle à toute l’humanité quelque soit son époque. Antigone ne parle pas à Créon du point de ce qu’elle est empiriquement, une grecque de Thèbes, Antigone parle à Créon du point de vue de ce qu’elle est en tant qu’être rationnel et raisonnable en tant qu’être digne de respect.

Antigone conduite devant Créon.


« Devoir ! nom sublime et grand, toi qui ne renfermes rien en toi d’agréable, rien qui implique insinuation, mais qui réclames la soumission, qui cependant ne menaces de rien de ce qui éveille en l’âme une aversion naturelle et épouvante, pour mettre en mouvement la volonté, mais poses simplement une loi qui trouve d’elle-même accès dans l’âme et qui cependant gagne elle-même malgré nous la vénération (sinon toujours l’obéissance ), devant laquelle se taisent tous les penchants, quoiqu’ils agissent contre elle en secret ; quelle origine est digne de toi, et où trouve-t-on la racine de ta noble tige, qui repousse fièrement toute parenté avec les penchants, racine dont il faut faire dériver, comme de son origine, la condition indispensable de la seule valeur que les hommes peuvent se donner à eux-mêmes ? »

Kant Critique de la raison pratique.


ETAPE 3 : Les trois impératifs.

La loi morale se découvre en nous, elle s’impose à nous, elle se manifeste sous la forme d’un tu dois. Mais de quel type d’impératif est-il question? En Morale ou dans le domaine technique, Kant distingue trois « types » de commandement.

a) les impératifs d’habilité 

Pour faire un gateau il me faut des ingrédients autrement dit qui veut la fin veut les moyens. Ici on s’interroge sur les moyens. Il y a nécessité objective. Objectivement pour faire des gâteaux il faut des œufs, on a pas la choix, mais cette nécessité lui est imposé par le monde réel, ce n’est pas une nécessité interne à la volonté.

b) les impératifs hypothétiques 

Il tiennent compte de la contingence, du hasard de la situation. Si vous voulez réussir votre dissertation il faut faire comme cela. Mais tout dépend du sujet, de vos références, de votre problématique. Ici, on n’est pas sûr des moyens. On est dans le domaine du conseil.

c) les impératifs catégoriques

dans les deux cas précèdent, on pose qu’il est nécessaire de faire des choses pour réussir une action. Mais cette nécessité est une nécessité à laquelle se confronte la volonté, ce n’est pas la nécessité propre de la volonté. Elle lui est extérieure.

Or dans la morale il existe une nécessité qui est intérieure, qui est propre à la volonté. Cette nécessité c’est la forme du commandement, la loi que lui impose la raison. Une action morale est une action nécessaire, elle n’est pas dépendante de mon bon vouloir. Elle n’est pas relative à ce que j’ai envie de faire. Mon action doit être construite selon la forme de la loi que me propose la raison.

1 ere Formulation.

« Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en LOI UNIVERSELLE DE LA NATURE. »

2ème Formulation : 

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

3ème formulation :

« Agis de telle sorte que ta volonté puisse se considérer elle-même en même temps comme légiférant universellement grâce à sa maxime. »

Video sur Kant et l’éthique. 

ETAPE 4 : L’action faite par devoir et l’action faite conformément au devoir.

Dans les Fondements de la Métaphysique des Moeurs (1785) part de cette idée à la fois simple et en même temps très riche que la morale doit partir du concept de bonne volonté : « de tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une bonne volonté ». Les autres choses peuvent être bonnes, par exemple, la richesse, l’intelligence, la beauté ect. sont des choses qui peuvent être considérées comme bonnes, mais elles ne peuvent pas être considérées comme absolument bonnes, pourquoi ? parce que dans les mains d’une volonté mal intentionnée elles sont autant de talents qui rendent l’individu d’autant plus cruel. Saroumane est d’autant plus ignoble et dangereux qu’à la base c’est un sage. Ce qui donc est absolument bon c’est la volonté bonne, c’est à dire cette volonté qui est tournée vers le bien.


1) Tuer quelqu’un pour lui prendre son argent

2) Faire payer à une enfant le même prix qu’à un adulte pour éviter d’avoir des ennuis

3) Donner de l’argent à quelqu’un parce qu’il est misérable et que son état me fait pitié

4) Ne pas mentir car si tout le monde mentait ce monde ci ne serait plus viable


Conséquences:

=> Le refus d’une morale du sentiment. 

« Il y a de certaines âmes si portées à la sympathie, que même sans aucun autre motif de vanité ou d’intérêt elles éprouvent une satisfaction intime à répandre la joie autour d’elles et qu’elles peuvent jouir du contentement d’autrui, en tant qu’il est leur œuvre. Mais je prétends que dans ce cas une telle action, si conforme au devoir, si aimable qu’elle soit, n’a pas cependant de valeur morale véritable (…) ; car il manque à la maxime la valeur morale, c’est-à-dire que ces actions soient faites, non par inclination, mais par devoir. »

Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs (1785)

=> Maxime : principe subjectif de mon action. 

=> distinction  entre la légalité et la légitimité : 

Je peux très bien commettre une action morale tout en le faisant pour des raisons qui ne sont pas morales. La légalité n’est que la coïncidence entre une conscience qui ne pense qu’à elle et une action qui donne extérieurement l’impression que je respecte la personne en face de moi. La légitimité c’est quand au contraire mon intention et mon action sont purs sont bien tournés.

=> Légal : conforme extérieurement à la loi. 

=> Légitime : principe d’une action qui est voulu comme comme en elle-même.

=> La morale, apparaît donc non pas comme le résultat d’une action, mais comme l’intention qui détermine l’action.

C’est ce vers quoi spontanément nous avons tendance à aller. Une action est morale si elle a été accomplie par une intention qui voulait faire le bien, et non quand elle a été examinée par une conscience mal intentionnée même si le résultat de son action apparaît comme étant moral. On a besoin de mettre à jour la conscience morale. C’est à dire non pas seulement l’individu qui est extérieurement conforme à une règle mais également l’individu qui est intérieurement conforme à une règle.

DEF : La pureté de l’intention : « ce qui fait que la bonne volonté est telle, ce ne sont pas ses oeuvres ou ses succès, ce n’est pas son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, c’est seulement le vouloir ; c’est à dire que c’est en soi qu’elle est bonne ».

ETAPE 5 : La Loi et L’universel. 



« Deux choses me remplissent le coeur d’une admiration et d’une vénération, toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. […] Le premier spectacle, d’une multitude innombrable de mondes, anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l’Univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) douée de la force vitale. Le second, au contraire, élève infiniment ma valeur, comme celle d’une intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me manifeste une vie indépendante de l’animalité et même de tout le monde sensible. »

Kant, Critique de la Raison Pratique.


Il n’y a qu’une chose qui détermine la volonté, c’est la forme de l’action elle même. Cela veut dire que l’action est morale parce qu’elle est bonne en soi, simplement dans la façon dont je la veux a priori en elle même et pour elle même et non par ce que je la désire.

=> A priori : indépendemment de l’expérience. 

=> A posteriori : avec l’expérience. 


« Et, avant que personne ait eu le temps de s’y opposer, elle tira de dessous son châle une forte verge, s’élança sur Sophie et la fouetta à coups redoublés, malgré les cris de la pauvre petite, les pleurs et les supplications de Camille et de Madeleine, et les remontrances de Mme de Fleurville et d’Élisa, indignées de tant de sévérité. »

Les petites filles modèles, La comtesse de Ségur. 


Dois je mentir à mémé lorsqu’elle me demande si j’ai cassé le vase? 

– Oui si je considère que n’importe qui doit dire la vérité. Je tire la maxime de mon action de façon a priori, sans tenir compte des conséquences de mon acte. 

– Oui, si je considère que je m’en sortirai mieux si je dis la vérité car je finirai par être découvert à un moment ou à un autre. Dans ce cas, bien que conforme à la morale, mon action est déterminée a posteriori en se fondant sur les conséquences de mon actions seuls. 

Cette notion d’a priori est très importante chez Kant. Elle Montre que La Raison est une faculté qui légifère, qui me donne la forme d’une loi et qui me demande de faire comme si la maxime de mon action pouvait devenir une loi universelle.

La raison peut compter elle peut être un calcul (Hobbes). C’est la raison de l’homo-economicus le calcul coût – avantage qui me permet de déterminer les moyens à mettre en oeuvre pour arriver à mes fins. La raison détermine mon intérêt.

Mais cette conception de la raison n’est qu’une conception minimale de la rationalité. C’est une conception instrumentale qui ne reflète pas toute la puissance de ce qu’est la raison. La raison kantienne est législatrice. Elle permet d’unifier le divers.

=> Sur le plan théorique, la raison est cette faculté sublime qui unifie le divers du donné de l’expérience et qui unifie surtout le divers des concepts.

=> Sur le plan pratique, elle me permet d’universaliser ma maxime et de constater ou nom si ce que je dois faire est bien ce que n’importe quel être raisonnable doit faire.

La Raison est la seule faculté capable de me donner le concept de loi. Qu’est ce

=> La loi c’est ce qui est universel et nécessaire. Ce qui est universel est donc en même temps est nécessaire. Car ce qui vaut pour tous vaut nécessairement pour tous.

Mes besoins me sont toujours particuliers, mes désirs sont toujours individuels, donc ils sont exceptionnels. Mes désirs sont les miens et pas les vôtres. En revanche ce qui vaut pour ma raison, en tant que nous sommes tous des êtres rationnels et raisonnables vaut nécessairement pour tous les êtres rationnels. Pourquoi ? Parce que la raison c’est la loi. Ce que je suis naturellement c’est pour Kant ce que je suis dans ma particularité, c’est ce que je suis de façon contingente. Ce que je suis rationnellement c’est ce que je suis universellement car tous les êtres rationnels seront comme moi.

Pinocchio 1940

Soit, par exemple, la question suivante : ne puis-je pas, si je suis dans l’embarras, faire une promesse avec l’intention de ne pas la tenir ? (…) A la vérité, je vois bien que ce n’est pas assez de me tirer, grâce à ce subterfuge, d’un embarras actuel, qu’il me faut encore bien considérer si de ce mensonge ne peut pas résulter pour moi dans l’avenir un désagrément bien plus grand que tous ceux dont je me délivre pour l’instant ; (…) n’est-ce pas agir avec plus de prudence que de se conduire ici d’après une maxime universelle et de se faire une habitude de ne rien promettre qu’avec l’intention de le tenir ? Mais il me paraît ici bientôt évident qu’une telle maxime n’en est pas moins toujours uniquement fondée sur les conséquences à craindre. Or c’est pourtant tout autre chose que d’être sincère par devoir, et de l’être par crainte des conséquences désavantageuses ; tandis que dans le premier cas le concept de l’action en soi-même contient déjà une loi pour moi, dans le second cas il faut avant tout que je cherche à découvrir autre part quels effets peuvent bien être liés pour moi à l’action.

Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs.

Après tout, en ce qui concerne la réponse à cette question, si une promesse trompeuse est conforme au devoir, le moyen de m’instruire le plus rapide, tout en étant infaillible, c’est de me demander à moi-même : accepterais-je bien avec satisfaction que ma maxime (de me tirer d’embarras par une fausse promesse) dût valoir comme une loi universelle (aussi bien pour moi que pour les autres) ? Et pourrais-je bien me dire : tout homme peut faire une fausse promesse quand il se trouve dans 1’embarras et qu’il n’a pas d’autre moyen d’en sortir? Je m’aperçois bientôt ainsi que si je peux bien vouloir le mensonge, je ne peux en aucune manière vouloir une loi universelle qui commanderait de mentir; en effet, selon une telle loi, il n’y aurait plus à proprement parler de promesse, car il serait vain de déclarer ma volonté concernant mes actions futures à d’autres hommes qui ne croiraient point à cette déclaration ou qui, s’ils y ajoutaient foi étourdiment, me payeraient exactement de la même monnaie : de telle sorte que ma maxime, du moment qu’elle serait érigée en loi universelle, se détruirait elle-même nécessairement. »

Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs

Morale de l’intention / Morale conséquentialiste synthèse. 

Une video pas trop mal qui explique la morale kantienne.