Le Beau / Kant

Kant est un philosophe Allemand de la fin du XVIII siècle. Il est l’auteur d’un ouvrage : La critique de la faculté de juger (1790) dans lequel Kant aborde (entre autre) la question du beau et de la production d’une œuvre d’art.

Le point de départ de la question kantienne est finalement assez simple. Nous appelons une multitude chose : regarde moi cette belle tarte à la fraise, une jolie fleur, le sublime d’une grande toile de Pollock, Brigitte Bardot fut le symbole de la beauté du corps féminin. Bref qu’y a t-il à voir entre ces jugements qui portent sur des objets différents et qui pourtant sont liés par un seul concept : la beauté.

Le premier constat de Kant, est de suivre ce que tout le XVIII siècle a constaté, notamment Hume dans L’essai sur le gout : « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. Une personne peut même percevoir de la difformité là où une autre perçoit de la beauté (…) Chercher la beauté réelle ou la laideur réelle est une vaine enquête, comme de prétendre reconnaître ce qui est réellement doux ou ce qui est réellement amer ». Voilà qui va rendre l’analyse bien difficile car le beau se présente justement comme non analysable puisqu’il n’est pas une propriété chimique, physique, il est relatif, il relève d’un simple jugement. Il n’y aura donc pas de définition objective du beau. C’est bien l’erreur du classicisme que d’avoir confondu une définition ancrée dans l’histoire de la beauté, celle du XVII-XVII siècle (comme ordre, proportion et mesure) avec une définition universelle qui devait valoir pour toutes les époques.

 

Alors commençons, je regarde une fleur, une jolie pâquerette. Le noyau jaune est entouré, d’une multitude de pétales blancs qui rayonnent à partir de ce centre, se détachant de façon tranchante avec le vert de la pelouse. On peut apprécier ce spectacle, cette tache de pâquerettes dans mon jardin, le regarder, le contempler et en éprouver une forme de contentement. Mais qu’y a t-il dans ce contentement ?

A vrai dire il n’y a pas grand chose. Je me fiche de ses pâquerettes, je ne les apprécie pas pour leur svaleurs financières, elles n’en n’ont pas. Je ne les apprécie pas pour leurs valeurs gustatives, elles n’en n’ont pas. Je ne les apprécie pas parce qu’elles sont la production d’un grand maître comme Rubens ou je ne sais qui, elles sont produites par la nature. Qu’est ce qui me plait alors ? Rien d’autre qu’une certaine élégance, de forme, de couleurs, de lignes. Le beau relève d’un jugement désintéressé, qui ne prend pas part à « en quoi est utile un objet ». Il n’y a ni jugement de valeur, ni jugement déductif, ni jugement moral ou politique, il y a simplement un pur équilibre, de lignes de tâches, un jeu entre des contrastes de courbes et de lignes, de verticales et de circularités, de vert de jaune et de blanc. Ce qui importe dont c’est que nous ayons affaire à une belle représentation ! La beauté est un jeu dira Kant entre la régularité des lignes et des formes demandées par l’entendement (la faculté géométrique) et l’imagination, qui se laisse à prendre plaisir à un désordre de méandre entre les droites, les courbes et les couleurs. Le modèle pour Kant de la beauté c’est donc ce que l’on pourrait appeler l’arabesque !

 

Kant va donc opérer une série de distinction :

Le beau est différent de l’agréable :

« en ce qui concerne l’agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu’il fonde sur un sentiment personnel et privé, et en vertu duquel il dit d’un objet qu’il lui plaît, soit du même coup restreint à sa seule personne. C’est pourquoi, s’il dit : « le vin des Canaries est agréable », il admettra volontiers qu’un autre le reprenne et lui rappelle qu’il doivent plutôt dire : « cela est agréable pour moi (…) la couleur violette sera douce et aimable pour l’un, morte et sans vie pour l’autre. L’un aimera le son des instruments à vent, l’autre leur préférera le son des instruments à cordes, ce serait folie d’en disputer (…) « à chacun ses goûts » »

§7 Critique de la faculté de juger

Le beau n’est pas la morale :

« si quelqu’un me demande si je trouve beau le palais que j’ai devant les yeux, je peux toujours répondre que je n’aime pas ce genre de choses qui ne sont faites que pour les badauds (…) je peux aussi, dans le pur style de Rousseau, récriminer contre la vanité des grands qui font servir la sueur du peuple à des choses si superflues ; je puis enfin me persuader bien aisément que si je me trouvais dans une île déserte, sans espoir de revenir jamais parmi les hommes, et si j’avais le pouvoir de faire apparaître par magie, par le simple fait de ma volonté, un édifice si somptueux, je ne perdrais pas cette peine dès lors que je disposerais déjà d’une cabane qui serait assez confortable pour moi. On peut m’accorder tout cela et y souscrire : mais là n’est pas le problème. En posant la dite question, on veut seulement savoir si cette pure et simple représentation de l’objet s’accompagne en moi de satisfaction quelque puisse être mon indifférence concernant l’existence de l’objet de cette représentation ».

§2 Critique de la faculté de juger 1790

Le Beau est un jugement désintéressé, on oublie la fonction, l’utilité, la moralité d’un objet on se contente de le regarder dans ses simples formes : voilà pourquoi Kant est le premier auteur à parler d’esthétique. Esthétique vient de aisthèsis en grec qui signifie la forme. Aujourd’hui on parlerait de Design. Peut importe que le cette cafetière soit chère, qu’elle face du bon café ou pas : elle est jolie ! Elle a de belles formes, de belles proportions ! Peu importe que Brigitte Bardot soit devenue ce qu’elle est, qu’elle soit inaccessible : elle est jolie : elle avait de belles formes !

 « Est beau, ce qui plaît universellement sans concept »

Alors qu’y a t-il de si extraordinaire dans l’analyse du beau si c’est au final pour dire que le beau est simplement ce qui a de belles formes ? L’analyse de Kant n’est-elle pas tautologique pour finalement tomber dans un lieu commun : est beau ce qui est beau ?

 Il y a quelque chose dans le beau dit Kant qui mérite que l’on s’y intéresse. Lorsque je prononce un jugement de goût : « le vin des canaries m’est agréable » je ne souhaite pas autre chose que dire j’aime ce vin. Si mon voisin, le déteste nous tombons sous le coup de la maxime : « à chacun ses goûts ». Dans le beau dit Kant il y a quelques chose en plus qui n’en fait pas un simple jugement subjectif. Lorsque que j’aime cette toile de Poussin, ce paysage de la Valley of Fire, le sublime de ses rochers rouges et blancs qui s’entrechoquent et semblent comme déchirés par le vent, dans le mouvement d’une mer figée dans la pierre, il y a quelque chose de supérieur à simplement dire ce sandwich n’est pas mauvais :

« s’il affirme que quelque chose est beau, c’est qu’il attend des autres qu’il éprouvent la même satisfaction ; il ne juge pas pour lui seulement, mais pour tout le monde, et il parle alors de la beauté comme si c’était une propriété des choses. C’est pourquoi il dit : cette chose est belle ; et ce, en comptant sur l’adhésion des autres à son jugement exprimant la satisfaction qui est la sienne, non parce qu’il aurait maintes fois constaté que leur jugement concordait avec le sien ; mais bien plutôt, il exige d’eux cette adhésion ».

Critique de la faculté de juger.

Alors, oui, le Beau est bien un jugement subjectif mais c’est un jugement qui a une prétention à l’universel (« comme si »). Je veux que chacun d’entre nous éprouve la même sensation devant ce paysage. Pourquoi ? Parce que je suis égoïste et que je veux que tout aime ce que moi j’aime ? Non. La Beauté est plus que de l’agréable, elle me touche, elle me séduit, elle me frappe. Elle ne me laisse pas indifférent ! Je veux donc la communiquer, la partager, dans un mouvement de contemplation avec autrui. Il y a dans le jugement esthétique quelque chose qui nous façonne dans une communauté, qui va se manifester dans un jugement qui est au delà de la morale, au delà des intérêts particuliers, au delà de ce qui nous ramène à nos particularités, nos points de vue. Dans le jugement esthétique il y a la construction d’une communauté d’êtres qui se forgerait à travers l’expression d’un jugement désintéressé. Voilà pourquoi le beau est essentiel, car peut être aujourd’hui, à travers le regard sur un paysage, sur une production humaine le jugement sur le beau nous permettrait de dépasser nos particularités individuelles pour nous regarder comme être humain.

Restera pour Kant une question essentielle. Que la nature produise du beau « par hasard » si le beau échappe à toute règle, alors comment l’artiste, le plasticien fait-il pour produire des œuvre (parfois laides) mais dont on dira qu’elles sont belles ?

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