Le Vivant

  • Etape 1 : Le mystère de la vie.

    Le vivant, La vie : introduction.

    : Avant même qu’on  cherche à l’expliquer, la vie a servi de principe d’explication pour des phénomènes d’un autre ordre. Pour Bachelard, le vitalisme constitue un obstacle épistémologique qui interdit l’avènement d’une biologie scientifique.

    Le mot vie  est un mot magique. C’est un mot valorisé. Tout autre principe pâlit quand on peut invoquer un principe vital. (…) A notre avis, l’intuition de la vie a un caractère affectif qu’il faut souligner. (…) En 1737, un auteur anonyme qui, par ailleurs, montre assez d’esprit critique, écrit : il y a des mines où les métaux encore imparfaits se perfectionnent; enfin, souvent on ferme les creux où l’on avait trouvé des matières métalliques qui n’étaient pas formées entièrement; dans la suite des temps on y a trouvé des mines très riches.” (…) Aussi il faut laisser à la reproduction métallique son mystère et se garder d’ouvrir trop tôt les mines. “Si une mine était éventée, l’on y pourrait trouver des métaux non encore achevés; et parce que l’ouverture de la mine interromprait l’action de la Nature, ces métaux resteraient imparfaits, et ne s’accompliraient jamais, et toute la semence métallique contenue dans cette mine perdrait sa force et sa vertu; en sorte qu’elle deviendrait ingrate et stérile.” (…) D’après Hecquet, “les minéraux croissent et renaissent à la manière des plantes, car si les boutures  de celles-ci prennent racines, les débris des pierres ou des diamants  qu’on a taillés, étant enfouis en terre, reproduisent d’autres diamants et d’autres pierres au bout de quelques années.” (…) L’intuition de fécondité des mines relève de la psychanalyse.

    La formation de l’esprit scientifique, Bachelard.

    Le « vivant » n’est pas la « vie »

    L’étymologie du mot « vivant » est vivus  ce qui est en vie, ce qui est animé. Le vivant se définit d’abord par son opposition avec ce qui est inanimé, le monde des choses.

    Croissance d’un pied de petit poids.

    Le vivant regroupe donc des êtres qui sont doués de la vie (ce mouvement propre au vivant, un mouvement qui se déploie de lui même) pourtant on ne pourra pas vraiment définir un vivant comme un « être doué de vie » parce que la notion de vie semble plutôt problématique.

    => Quelle est cette force qui anime des êtres?

    => Quel est le principe de cet auto-mouvement qui ne semble jaillir que de lui même?

     

    Passage par le cinéma : le vivant et ses limites.

    Il peut paraître étrange de ne pas retenir le concept de vie pour définir le vivant. Nous verrons, il y a là le coeur du débat entre ce que l’on peut appeler le vitalisme et le mécanisme, le débat entre ceux qui font de la vie une force qui anime la matière (une âme chez Aristote) et ceux qui voit dans la vie un simple mouvement rationalisable et objectivable en termes de mécanismes. Le fait est que la vie comme principe d’animation ne suffit pas toujours à définir le vivant.

    Echantillons d’éprouvettes congelées et contenant du sperme. Photo média pendant le débat en France autour de la question de l’insémination post-mortem. Le sperme est bien ici « vivant » puisque’il peut servir à donner naissance à un être, il est pourtant figé, appartenant au monde des choses inanimées. A l’inverseles machines peuvent parfois prendre toute l’apparence du vivant. Ainsi dans The Terminator (1984 – James Cameron), on peut voir à nouveau surgir le vieux mythe du Golem, du cyborg qui vient pour tenter d’exterminer un jeune humain pour une guerre qui se déroule dans le futur entre les machines et les hommes. La machine finit par se révéler dans son inhumanité à la fin du film ICI

    En 1982, Ridley Scott aborde ce thème des frontières entre l’humain et la machine, le vivant et le non vivant. Blade Runner est une histoire qui joue sur cette constante ambiguïté. Qui est humain ? La question se pose dans le film à travers les personnages que nous rencontrons (opening scene) mais de façon plus philosophique puisque l’humanité ne se rencontre pas seulement chez les humains.

    Les machines nous montre donc que ce qui est animé n’est pas toujours ce qui est le plus vivant. Les machines semblent être vivantes à leur façon au point de finir par parfois devenir humaine (et pas toujours dans ce qu’il y a de meilleur). En 1968, Stanley Kubrick réalise 2001 : A space Odyssey. Ce film contient un personnage à part entière, un ordinateur, souvent représenté à l’écran par une sorte de caméra à la lentille rouge. La mission Jupiter a pour objectif de partir vers cette même planète afin de percer le mystère d’un étrange monolithe noir. Durant la missions, HAL l’ordinateur semble commettre des erreurs qui incitent les deux astronautes à vouloir déconnecté l’ordinateur qui ne se laisse pas faire. ICI

    La thématiques des morts vivants est également une thématique intéressante pour traiter de la questiondu vivant. Walking Dead  une série développée par Frank Darabont en 2010, imagine un univers où a eu lieu un zombie apocalypse. Les quelques survivants tentent alors de trouver un havre pour vivre et se protéger des zombie qui tuent et infectent les humains qu’ils rencontrent.

    Cet univers pose le principe de la nome et du pathologique : quelle espèce est « normale » et laquelle est un parasite. Au fur et à mesure de la série cette question philosophique se pose de plus en plus fort, face à la nouvelle normalité que sont les zombies, les humains ne sont-ils pas une anomalie vivante?

    Déjà l’histoire de Frankenstein posait cette question, dans le Roman de Mary Shelley (1818) Frankenstein or the modern Prometheus. Un scientifique fou du nom de Frankenstein tente de reconstruire la vie à partir de morceau de cadavre ICI (1931 – James Whale). La vie reconstruite, crée à partir de la science. il y a là une métaphore du scientifique fou qui se prend pour Dieu. Dans le roman de Lady Shelley, la « créature » finit par se révéler plus humaine que les humains eux-même, mais à la différence de Walking dead elle finira par laisser place aux êtres normaux (majoritaires) pour disparaître dans le grand nord.

    Que reste t-il alors du concept de vie? S’agit t-il seulement de science fiction? Le concept de vie semble avoir été interrogé dans ces différents extraits.

    => Terminator : La question de la machine qui se donne les apparences des vivants et qui pose la question de la frontière entre machine et organisme. C’est également le mythe des cyborgs et du fait qu’il pourrait se retourner contre l’humanité, de la technique qui se retourne contre son créateur. Blade runner, lui aussi qui interroge cette question de la frontière entre homme non homme et pose la question de savoir qui s’arroge le droit de séparer ce qui est vivant et ce qui n’est pas vivant?

    => 2001: A space Odyssey : H.A.L. est-il la machine qui déraille rationnellement pour parvenir à réaliser les objectifs de la mission (si les pilotes sont des obstacles il faut donc les éliminer) ? Est ce que la voix de H.A.L. ; son regard ; le fait qu’il fasse le choix de sa survie aux détriments des ordres qui lui sont donnés ; ne nous montre pas le fait que la machine peut-elle aussi devenir vivante et se soucier de sa propre conservation?

    => Walking Dead, qui interroge la zone qui sépare le vivant et le non vivant, le normal et le pathologique et postulant le fait que l’ordre des zombies devient normal tandis que celui des zombies ne cesse de s’affirmer. Y a t-il un remède pour transformer ces zombies en humain ou bien les humains ne doivent t-il pas reconnaître qu’ils sont devenus dorénavant une forme de vie qui n’a plus sa place?

    => Frankenstein est le grand myht de la synthèse de la vie elle même. Est-elle reconstructible grâce à la technique humaine ou bien échapera t-elle définitivement à toute reconstruction technique.

    Deux documentaire montre que ces questions sont de toute actualité. Tout d’abord la question de la technique biologique : ICI. On voit que la notion de vivant s’est en partie désacralisée pour devenir un objet d’étude, un domaine dans lequel les techniques humaines peuvent intervenir pour palier aux insuffisances de la nature elle même. La vie est bien aussi maintenant le produit de toute une machinerie. D’une toute autre manière le Robot Blatte montre le parallèle que l’on peut faire entre un organisme vivant et un robot. ICI.

    A travers ces extraits on peut formuler trois grandes questions.

    => Partie 1 : La définition du vivant n’a rien d’évidente. On ne peut résumer le vivant au simple concept de vie, le modèle de la machine permet de comprendre le vivant. Pourtant il semble bien qu’il ne soit pas aussi évident de ramener le vivant à un simple mécanisme. Débat Mécanisme / vitalisme.

    => Partie 2 : Le vivant est une organisation où chaque élément fonctionne en relation avec les autres. Chaque partie semble concourir au bon fonctionnement du tout comme si tout cela avait été organisé préalablement, selon une sorte de plan. Cela pose la question de la finalité dans l’analyse du vivant. Nous aborderons cette question autant à travers la question de la finalité de l’organe qu’à travers la question de la  théorie Darwinienne et la selection naturelle. Débat Finalisme / mécanisme.

    => Partie 3 : Les lois de la biologie amène à penser l’Homme et son comportement d’une façon différente. Là où les anciens voyait la liberté de l’âme on voit aujourd’hui apparaître un matérialisme qui tend à réduire les actes de notre pensée à des mécanismes cérébraux. Nous verrons l’intérêt de cette aproche ainsi que ces versions caricaturales dans le vrai faux débat entre cerveau et conscience. Débat matière / esprit.

  • Etape 2 : Mécanisme- vitalisme : peut-on réduire la vivant à n’être que de la simple matière?

    Cours de Bérangère Duchange.

    Au XVII éme siècle, le modèle scientifique se construit autour des sciences physiques.

    => Mathématisation du réel.

    => Abandon de la causalité finale au profit de la causalité efficiente.

    => Le modèle de la science devient le modèle de la physique.

    Cours récrit à partir de celui de Bérangère Duchange.

    A/ Mécanisme et vitalisme : peut-on réduire le vivant à de la simple matière ?

    La Biologie va donc trouver une nouvelle direction, cette science va s’organiser autour des principes mécanistes empruntés à la mécanique classique. Cette nouvelle biologie cherche à clarifier l’étude des corps vivants en s’appuyant sur un modèle rationnel qui exclu toute forme de recours à des forces mystérieuses. Cette nouvelle Biologie, largement inspirée par Descartes va, notemment, critiquer radicalement les conceptions d’Aristote sur au moins deux notions : la notion d’âme et la notion de cause finale.

    Traité de l’Homme Descartes, probablement rédigé en 1632. Ce texte ne sera jamais publié du vivant de Descartes. En 1633 Descartes apprend la condamnation de Galilée, et préfère rester prudent dans la publication des ces traités scientifiques.

    Aristote.

    Aristote explique la nature autour du concept de cause finale. Ce qui explique le mouvement en physique c’est le concept de lieu naturel. Chaque être naturel est fait pour rejoindre un lieu qui est le sien, le mouvement est fait pour expliquer le passage de ce qui n’était qu’en puissance, qui tend à s’actualiser pour enfin être en acte.

    Concernant les être vivants, Aristote parle d’une « âme » concept qui sera le titre d’un de ces ouvrages De Anima (souvent traduit par De l’âme). Il faut bien prendre à la lettre le mot anima. L’âme chez Aristote n’a rien de spirituelle au sens d’un monothéïsme. L’âme chez Aristote c’est le principe qui anime, qui donne le mouvement à un être naturel. L’âme c’est la cause finale de cet être. Pour Aristote le corps n’est vivant que parce qu’il a une âme. Tous les être vivants ont chez Aristote une âme nutritive, c’est à dire la fonction de croissance. Les animaux possèdent l’âme sensitive, qui démarre pour les êtres les plus simples au toucher et pour les animaux les plus complexes à la vision (le sens le plus intellectuel pour les anciens). L’Homme, lui en plus de tout cela, possède une âme rationnelle.

    La vie s’explique donc, chez le Stagyrite, par ce souffle, ce principe qui s’appelle l’âme, qui donne une finalité et du mouvement aux être vivants. De cette conception Descartes n’en veut plus.

    Illustrations du traité de l’Homme de Descartes.

    Descartes

    Descartes ne veut pas du modèle biologique médiéval ou aristotélicien pour les mêmes qui l’ont conduit à entreprendre une nouvelle physique, une nouvelle biologie. Descartes veut débarasser l’esprit et la science de concept qu’il juge fumeux, peu clairs, et n’expliquant pas grand chose. « L’âme » est un concept que l’on va certes retrouver chez Descartes, il en fait même un substance immatérielle, oui mais, cette substance immatériel ne peut pas servir dans sa philosophie à expliquer les phénomènes corporels. Descartes distingue radicalement et définitivement ce qui relève de l’âme (c’est à dire de la pensée) de ce qui relève des corps (c’est à dire de l’étendue). Si je dois donc expliquer le mouvement des corps, cela doit être uniquement par le mouvement des corps eux mêmes. Si je dois expliquer quelque chose de la pensée, ce sera par la pensée et non pas par les corps. On appelle ce modèle le mécanisme cartésien ou la théorie de l’animal machine.

    « A quoi l’exemple de plusieurs corps, composés par l’artifice des hommes, m’a beaucoup servi, car je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l’agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. »

    Les Principes de la philosophie, quatrième partie, art.203

    Dans ce texte Descartes montre les principe sur lesquels ils s’appuie pour penser sa biologie. Tout dans le corps humain est corporel (il n’y a pas d’âme mystérieuse qui anime le corps) Il n’y a que rouage, tuyaux et ressorts.

    Shéma emprunté sur un brochure du musée du temps de Besançon. Il s’agit du mécanisme d’un horloge à Foliot (XIV siècle / XVII siècle).
     

    Le modèle de la machine est évidemment avantageux :

    1) Il permet de voir au niveau macroscopique ce qui existe au niveau microscopique. Descartes précise que les machines inventées par Dieu sont certes plus subtiles que les machines inventées par l’Homme, mais il n’en demeure pas moins qu’elles sont de la même nature.

    2) Avec le modèle de la machine, on n’a pas besoin d’expliquer les corps par autre chose que ce que l’on trouve dans les corps. On n’a pas besoin de faire appel à des forces invisibles (l’âme- la force vitale etc.)

    Shéma hypothétique du Canard de Vaucanson, un canard mécanique aui a été une attraction de salon au XVIII siècle et qui s’inspire de ce principe cartésien selon lequel il n’y a en droit aucune différence entre un automate et un animal.

    3) On ne distinguera plus vraiment chez Descartes entre l’animal et un automate. Il s’agit dans les deux cas d’une machine qui se remue soi-même, sans force étrange, mais seulement par l’actions mécaniques de rouages, de cordons, de tuyaux etc. On trouve des textes de Descartes (Lettre au Marquis de Newcastle du 23 Novembre 1646) où Descartes semble dénier à l’animal tout satut d’être sensible, au point d’en faire une sorte de robot. Si Descartes affirme cela ce n’est pas tant pour dénier aux animaux la capacité à souffrir, mais pour rappeler qu’en Biologie on ne peut se permettre de mélanger ce qui est mécanique de ce qui est de l’ordre de la pensée. Ainsi quand je vois mon chien et que je trouve qu’il a l’air triste, je ne fait, pour Descartes, qu’un Anthropomorphisme. Je plaque mes propres émotions sur celles de mon animal. En réalité ses aboiements sont tout à fait comparable au bruit que fait la sonette de mon vélo quand j’appuie dessus.

    4) Il n’y a pas de différence de nature entre l’inerte et le vivant, mais seulement une différence de complexité. Ce qui fait des être vivants, des êtres bien vivants ce n’est pas que la pierre n’a pas d’âme et que nous en avons une (différence de nature). C’est plutôt que notre oragnisation n’est pas la même.

    C’est cette idée que le vitalisme (Bichat) contestera au XIX siècle. Ce qui semble scandaleux dans la thèse de Descartes c’est que finalement, à avoir voulu démystifié la vie, on a réduit la vie à n’être plus rien. Or il semble bien que dans le corps vivant il y a quelque chose en plus que la simple addition de rouages et de poulis. Nous verrons cependant que la biologie moderne tend à donner raison à notre bon Descartes.

  • Etape 3 – La machine fournit-elle un modèle pour comprendre le vivant ?

    Cours de Bérangère Duchange.

    Est-ce que la machine fournit un modèle pour comprendre le vivant ?

    Le vivant : ne se limite pas à l’homme, mais comprend l’ensemble des êtres vivants, c’est à dire les animaux.

    Modèle : schéma destiné à rendre intelligible une réalité trop complexe pour être saisie directement.

    Le vivant est en effet une réalité éminemment complexe, que l’homme a beaucoup de mal à comprendre. De ce point de vue, la machine peut peut-être fournir une aide précieuse pour la compréhension de cette réalité obscure ?

    Le projet du robot Blatte, ULB, Jean-Louis Deneubourg.

    Problématique. 

    • soit la machine est un modèle du vivant :
      • il faut alors d’abord prouver que c’est un modèle possible, qui existe
      • il faut ensuite se demander si ce modèle est fécond, càd s’il a effectivement permis de faire avancer les connaissances dans le domaine du vivant
      • enfin, il faut se demander si ce modèle est vraiment nécessaire : peut-on ou non s’en passer ?
    • soit le vivant a des spécificités irréductibles au modèle mécaniste :
      • quels sont les éléments qui opposent le vivant et la machine ?
      • Ces éléments remettent-ils en cause la légitimité du modèle mécanique ? Si oui, cette remise en cause est-elle partielle ou totale ?

    A – La machine comme modèle du vivant

    a – Un modèle possible

    L’analyse physico-chimique des phénomènes biologiques marque la naissance de la biologie scientifique. La respiration n’est qu’une combustion lente de carbone et d’hydrogène, qui est semblable en tout à celle qui s’opère dans une lampe ou dans une bougie allumée, et que sous ce point de vue, les animaux qui respirent sont de véritables combustibles qui brûlent et se consument. Dans la respiration comme dans la combustion, c’est l’air de l’atmosphère qui fournit l’oxygène et le calorique. (…) Les preuves de cette identité d’effets entre la respiration et la combustion se déduisent immédiatement de l’expérience. En effet, l’air qui a servi à la respiration ne contient plus, à la sortie du poumon, la même quantité d’oxygène; il renferme non seulement du gaz acide carbonique, mais encore beaucoup plus d’eau qu’il n’en contenait avec l’inspiration. Or, comme l’air vital ne peut se convertir en acide carbonique que par une addition de carbone; qu’il ne peut se convertir en eau que par une addition d’hydrogène; que cette double combinaison ne peut s’opérer sans que l’air vital perde une partie de son calorique spécifique, il en résulte que l’effet de la respiration est d’extraire du sang une portion de carbone et d’hydrogène, et d’y déposer à la place une portion de son calorique spécifique qui, pendant la circulation, se distribue avec leur sang dans toutes les parties de l’économie animale, et entretient cette température à peu près constante qu’on observe dans tous les animaux qui respirent.

    Premier mémoire sur la respiration des animaux, Lavoisier. (1789).

    Il existe un certain nombre d’analogies entre la machine et le vivant :

    • la machine a besoin d’énergie, de carburant = le corps a besoin de nourriture
    • la machine tombe en panne et est réparée = le corps tombe malade et guérit
    • la machine s’use et finit à la casse = le corps meurt

    Ces analogies ont trouvé une légitimité avec le mécanisme cartésien : Descartes développe le projet d’une science purement physique des corps vivants, ayant recours uniquement aux lois de l’étendue et du mouvement.

    • anatomie comme la géométrie du vivant + théorie des animaux- machines

    Harvey (XVII siècle)., medecin anglais qui met à jour le principe de la circulation sanguine dans le corps, modèle dans lequel le coeur joue le rôle d’une pompe.

    b – Un modèle fécond

    La biologie est une science jeune (le mot même de « biologie » n’est apparu qu’au 19e siècle.

    • si elle a mis autant de temps à se constituer comme science, c’est qu’il lui a été difficile de se plier aux conditions de la connaissance scientifique : c’est à dire considérer que le monde vivant est connaissable lui aussi selon les règles de la méthode expérimentale, qu’il est régi par les mêmes lois que celles qui régissent le reste de la nature ; autrement dit qu’y règne le même déterminisme.
    • Sorte de « désenchantement » du vivant, nécessaire à sa compréhension scientifique

    Data, le personnage cyborg dans la série Star treck.

    C’est en considérant les êtres vivants comme de purs mécanismes, dont les lois sont sans mystère, que la biologie a pu accomplir des progrès considérables.

    Aujourd’hui, les progrès de la biochimie permettent de parler de « machinerie cellulaire » (Monod) : invalidation du vitalisme, qui prétendait recourir à un principe autre que matériel.

      » Il est parfaitement vrai que le développement embryonnaire est l’un des phénomènes les plus miraculeux d’apparence de toute la biologie. Il est vrai aussi que ces phénomènes, admirablement décrits par les embryologistes, échappent encore, pour une large part (pour des raisons techniques) à l’analyse génétique et biochimique qui seule, de toute évidence, pourrait permettre d’en rendre compte. L’attitude des vitalistes qui considèrent que les lois physiques sont ou s’avéreront, en tous cas, insuffisantes à expliquer l’embryogenèse ne se justifie donc pas par des connaissances précises, par des observations finies, mais seulement par notre actuelle ignorance.

    […] Le vitalisme a besoin, pour survivre, que subsistent en biologie, sinon de véritables paradoxes, au moins des « mystères ». Les développements de ces vingt dernières années en biologie moléculaire ont singulièrement rétréci le domaine des mystères, ne laissant plus guère, grand ouvert aux spéculations vitalistes, que le champ de la subjectivité : celui de la conscience elle-même. On ne court pas grand risque à prévoir que, dans ce domaine pour l’instant encore « réservé », ces spéculations s’avéreront aussi stériles que dans tous ceux où elles se sont exercées jusqu’à présent. »

    MONOD, Le hasard et la nécessité, chap II, 1970

    Bio-chimie:  La biochimie est la science qui étudie les réactions chimiques ayant lieu dans la cellule et dans l’organisme vivant ainsi que les aspects moléculaires de la vie cellulaire. 

    Ce dont témoigne également la possibilité d’organes artificiels, ou de prothèses aussi performantes que les membres naturels : ces nouvelles pratiques chirurgicales nous invitent ainsi de plus en plus à comparer le travail du chirurgien à celui d’un mécanicien (on « répare » une jambe cassée, on « remplace » un organe défectueux…).

    c – Un modèle nécessaire, étant donné le fonctionnement même de notre intelligence

    La formulation du modèle mécanique du vivant est une nécessité liée à l’activité même de la raison.

    « comprendre » = classer, ordonner, hiérarchiser…

    Expliquer le vivant, c’est l’analyser (pas de science sans analyse : cf. règles de la méthode Descartes.)

    • analyser = décomposer en éléments (# Synthèse).

    De ce point de vue, la machine offre un modèle exemplaire par rapport au fonctionnement analytique de notre pensée

    • la machine est construite pièce par pièce ; et on peut la déconstruire intégralement de la même façon.

    La machine est ainsi sans aucun mystère pour l’ingénieur, ce qui en fait un modèle tout à fait avantageux : elle substitue au corps vécu du dedans, un corps vu du dehors

    Transition : Les analogies entre la machine et le vivant sont donc nombreuses et fécondes ; mais il faut rester prudent : ce n’est pas parce que le vivant est en de nombreux points comparable à la machine, qu’il lui est pour autant identique.

    B – Les spécificités irréductibles du vivant

    « Si l’on coupe les quatre jambes de la salamandre, elle en repoussera quatre nouvelles, qui seront si parfaitement semblables à celles qu’on aura retranchées, qu’ on y comptera, comme dans celles-ci, quatre-vingt-dix-neuf os […] Mais; dans les plus jeunes, tout s’ opère avec une célérité si merveilleuse, que la régénération parfaite des quatre jambes, n’ est que l’ affaire de peu de jours. Ce n’ est donc rien ou presque rien pour une jeune salamandre, que de perdre ses quatre jambes, et encore sa queue. On peut même les lui recouper plusieurs fois consécutives, sans qu’elle cesse de les reproduire en entier. Notre excellent observateur nous assure, qu’il a vu jusqu’à six de ces reproductions successives, où il a compté six cent quatre vingt sept os reproduits. Il remarque à cette occasion; que la force reproductive a une si grande énergie dans cet animal, qu’elle ne paraît point diminuer sensiblement après plusieurs reproductions, puisque l!,dernière s’ opère aussi promptement que les précédentes .
    Une autre preuve bien remarquable de cette grande force de reproduction, c’ est qu’ elle se déploie avec autant d’énergie dans les salamandres qu’on prive de toute nourriture, que dans celles qu’on a soin de nourrir. »
    Charles Bonnet, La Palingénésie philosophique ou Idées sur l’état passé et sur l’état futur des êtres vivants (1779).

    Sience fiction ou medecine? 

    Un coeur artificiel.

    a – La relative autonomie du vivant

    Retour sur les analogies de départ : peut-on vraiment dire que la blessure ou la maladie d’un être vivant est identique à la panne d’une machine ?

    • le vivant a la propriété de se réparer tout seul : phénomène de la cicatrisation

    Il y a bien une autonomie relative du vivant, que la machine ne possède pas.

    Pour être réparée, la machine ne peut se passer d’une intervention extérieure de la part de l’homme qui l’a fabriquée. On touche ici à une autre spécificité du vivant : il possède son principe de développement en lui-même (code génétique), alors que dans le cas de la machine, ce principe est extérieur (l’homme qui la fabrique).

    Aussi une autonomie dans la relation au milieu.

    => alors que la machine est un système clos, le vivant est en interaction constante avec son milieu, par rapport auquel il dispose d’une relative autonomie.

    Ce qui explique que certains comportement soient en grande partie imprévisibles : par ex, on ne peut pas prévoir le jour exact de la mort.

    b– La notion d’organisme.

     » Dans une montre une partie est l’instrument du mouvement des autres, mais un rouage n’est pas la cause efficiente de la production d’un autre rouage ; certes une partie existe pour une autre, mais ce n’est pas par cette autre partie qu’elle existe. C’est pourquoi la cause productrice de celles-ci et de leur forme n’est pas contenue dans la nature (de cette matière), mais en dehors d’elle dans un être, qui d’après des Idées peut réaliser un tout possible par sa causalité. C’est pourquoi aussi dans une montre un rouage ne peut en produire un autre et encore moins une montre d’autres montres, en sorte qu’à cet effet elle utiliserait (elle organiserait) d’autres matières ; c’est pourquoi elle ne remplace pas d’elle-même les parties, qui lui ont été ôtées, ni ne corrige leurs défauts dans la première formation par l’intervention des autres parties, ou se répare elle-même, lorsqu’elle est déréglée : or tout cela nous pouvons en revanche l’attendre de la nature organisée. Ainsi un être organisé n’est pas simplement machine, car la machine possède uniquement une force motrice ; mais l’être organisé possède en soi une force formatrice qu’il communique aux matériaux, qui ne la possèdent pas (il les organise) : il s’agit ainsi d’une force formatrice qui se propage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de mouvoir (le mécanisme). »

    Kant Critique de la faculté de juger. §65

    Chaque être vivant nous apparaît comme un tout, non réductible à la simple somme de ses parties.

    Totalité mécanique = à la somme des pièces qui la composent ; à l’inverse, la totalité organique est > à la somme de ses éléments constituants.

    • en effet, on peut démonter intégralement une voiture, et la remonter ensuite : elle sera exactement dans le même état ; mais cela est tout à fait inenvisageable dans le cas du vivant.

    L’organisme n’est pas une juxtaposition d’organes et de cellules, mais c’est un ensemble harmonieux, dont les constituants sont subordonnés à 1 fonctionnement global.

    • activité cohérente, orientée et constructive

    – isolé, tel composant électronique de mon ordinateur ne perd pas pour autant ses propriétés : l’ordinateur peut être divisé, décomposé, sans que les composants en eux-mêmes soient modifiés.

    – dans le cas d’un organisme vivant, les parties ne survivent pas longtps à 1 séparation d’avec le tout ; et lorsqu’on tente de réimplanter une partie d’un organisme dans un autre organisme (greffe), cela n’a rien d’évident : cf. phénomènes de rejet.

    Il y a donc bien 1 identité propre du vivant, qui le rend absolument insubstituable : chaque être vivant est unique.

    Leibniz : « ce qui n’est pas véritablement UN être, n’est pas non plus véritablement un ETRE ».

    c – Conséquence : les limites de l’analyse concernant le vivant

    En décomposant le vivant en ses éléments, on risque d’en manquer ce qui en fait pourtant l’essence.

    C’est aussi ce qui explique que la maladie d’1 être vivant n’est en rien comparable à la panne d’une machine :

    • 1 machine ne souffre pas : pas d’états d’âme
    • Au contraire, la maladie est 1 perturbation qui entraîne des conséquences sur l’ensemble de l’organisme, et pas seulement sur la partie du corps directement concernée par la maladie.

    Expérience toujours singulière de la maladie, qui est une modification de l’être tout entier.

    (tout le monde ne réagit pas de la même façon, ce qui prouve bien que ce n’est pas slt un pb mécanique)

    Cf. Canguilhem : « Etre malade, c’est vraiment pour l’homme vivre d’une autre vie ».

    Conclusion :

    La machine offre un modèle fécond pour comprendre le vivant ; cependant, le recours à un tel modèle correspond davantage aux exigences du fonctionnement de la raison humaine, plutôt qu’il n’est adapté aux véritables spécificités du vivant.

    Ce pourquoi le modèle mécanique doit être appliqué localement, essentiellement en ce qui concerne les problèmes de structure et de fonctionnement du vivant ; mais des spécificités irréductibles demeurent et rendent impossible une application intégrale de ce modèle.

    => ce qui nous amène à poser la question de la finalité, dans la mesure où le biologiste a affaire à des êtres vivants qui forment une totalité et poursuivent un projet

  • Etape 4 : la question de la finalité.

    Cours de Bérangère Duchange.

    A observer avec attention le monde qui nous entoure et les êtres vivants qui le peuplent, on peut éprouver un vif sentiment d’admiration concernant la formidable adaptation de ces êtres à leur environnement / adaptation des faits par rapport à des besoins.

    Ce sentiment d’admiration nourrit ce que l’on appelle le « finalisme » :

    => La finalité, c’est le fait de tendre vers une fin.

    => La fin, c’est ce en vue de quoi la chose existe.

    Exemple de jugements finalistes :

    => nous avons des yeux pour voir.

    => les oiseaux ont les os creux pour mieux voler.

    Ici, la finalité s’incarne dans le « pour ». Le but est à chaque fois d’expliquer. Et expliquer, c’est faire apparaître la cause.

    Mais il existe différents types de causes.

    => la cause efficiente, ou motrice :

    Ex : « Je cours parce que je suis en retard ». (la cause (je suis en retard) précède le fait de courir).

    => la cause finale :

    Ex : « Je cours pour avoir mon train » (Ici, cause finale de l’ordre d’une intention : c’est l’idée que je peux avoir mon train si je me dépêche, qui est la cause du fait que je cours). L’effet final « avoir mon train » devient la cause de mon action.

    D’un point de vue scientifique, les causes finales ne sont pas acceptables. Pourquoi ?

    Première difficulté : qu’est ce qu’une intention?

    Quand je dis « mon but est d’avoir mon train », il s’agit d’une intention qui n’existe que dans mon esprit. Comment quelqu’un d’autre que moi pourrait-il avoir accès à cette représentation ?

    • la cause finale est quelque chose qui n’est pas vérifiable.

    C’est pourquoi certains philosophes ont vu dans le recours aux causes finales une erreur de raisonnement, comme le fait ici Volatire dans un conte célèbre dans lequel le personnage de Panglos incarne le ridicule de l’explication finaliste.

     » Pangloss enseignait la métaphysico−théologo−cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

    « Il est démontré, disait−il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons−nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. » 

    Voltaire, Candide Chapitre 1.

    2e difficulté : seul un être conscient est capable de se représenter des fins.

    Doit-on alors postuler quand même une telle finalité dans les organismes vivants, par exemple au niveau des cellules ? Cela semble tout à fait absurde.

    Photographie midi-Libre : La petite tortue à deux têtes de Lunel. La question des « monstres » pose le problème des accidents. Pour Lucrèce, la nature avance aveuglément à tatons, d’où le fait que des « anomalies » puissent apparaître à certains moments. Erreurs d’aujourd’hui et peut être norme de demain. Pour Aristote, qui à l’inverse de Lucrèce défend le finalisme, les accidents sont les signes que malgré la finalité inscrite au coeur même du cosmos il y a parfois des accidents. Un citron reste un citron bien que parfois, certains d’entre eux puissent avoir des taches ou des formes étranges. Leur substance n’en est pas moins non altérée selon le Stagyrite.

    « Signalons un vice grave de raisonnement […] Evite cette erreur et garde-toi bien d’y tomber. La clairvoyance des yeux n’a pas été créée comme tu pourrais croire, pour nous permettre de voir au loin ; ce n’est pas davantage pour nous permettre de marcher à grands pas que l’extrémité des jambes et des cuisses s’appuie et s’articule sur les pieds ; non plus que les bras que nous avons attachés à de solides épaules, les mains qui nous servent des deux côtés, ne nous ont été donnés pour subvenir à nos besoins.

    Interpréter les faits de cette façon, c’est faire un raisonnement qui renverse le rapport des choses, c’est mettre partout la cause après l’effet. Aucun organe de notre corps, en effet, n’a été créé pour notre usage : mais c’est l’organe qui crée l’usage. Ni la vision n’existait avant la naissance des yeux, ni la parole avant la création de la langue : c’est bien plutôt la naissance de la langue qui a précédé de loin celle de la parole ; les oreilles existaient bien avant l’audition du premier son ; bref, tous les organes à mon avis sont antérieurs à l’usage qu’on en a pu faire. Ils n’ont donc pu être créés en vue de nos besoins ».

    Lucrèce De la nature, livre IV

    Un long cou pour mieux manger ? Des ailes pour voler ? des nageoir pour nager?

    Dans ce texte, Lucrèce critique vivement le finalisme, dont la thèse serait : les organes de notre corps ont été créés pour notre usage. Comme tout à l’heure quand nous disions que « nous avons des yeux pour voir ».L’explication du vivant doit être strictement mécaniste.

    Lucrèce dans le De rerum natura, attaque violemment les philosophes qui font de la causalité finale un principe ontologique (la nature est finalisée) et un principe épistémologique (la nature s’explique par la causalité finale). Aristote est un représentant de cette vision philosophique.

    « La nature ne fait rien en vain » affirme Aristote dans La politique pour mieux expliquer le fait que seul l’Homme a développé dans le monde des vivants la cité.  Le cosmos signifie que l’univers est un ensemble harmonieux, dans lequel chaque chose a sa place, et rien n’y est sans raison. Tout a une raison d’être.

    => chaque chose vise une perfection.

    Pour Lucrèce, cela revient à mettre partout « la cause après l’effet ».

    En effet, si on affirme que nous avons des yeux pour voir, que la nature nous a donné des yeux pour que nous puissions voir, il faut :

    • que la vision ait d’abord été recherchée comme 1 fin par 1 esprit conscient
    • que cet esprit, grâce à son intelligence, ait ensuite organisé des moyens efficaces en vue d’atteindre cette fin
    • Les yeux seraient les moyen pour atteindre cette fin qu’est la vision, les oreilles le moyens pour entendre etc.

    Lucrèce inverse ce rapport : dire que l’organe crée l’usage, c’est dire que la fonction de cet organe ne lui appartient par intrinsèquement, mais qu’elle se développe par la pratique.

    Avoir une bouche …. pour peindre et dessiner ? Ici l’artiste Huang Guofo et son étonante dextérité, nous montre qu’il peut y avoir des fonctions inédites du corps.

    Pourquoi est-ce que l’homme existe tel qu’il est ?  

    Pour Lucrèce, le monde n’est pas 1 don que des dieux bienveillants auraient fait à l’homme ; il n’est que le fruit d’un hasard fécond. Hasard qui est celui de la rencontre entre les atomes dans le vide. Dans un temps et un espace infini, infinité de rencontres accidentelles, qui sont autant de combinaisons possibles. S’il y a necessité c’est seulement par l’enchaînement contingents des conditions produisant un être. Il n’y a en tous les cas pour Lucrèce aucune finalité.

    L’arbre de l’évolution d’ Ernst Haeckel (1866), entomologiste allemand. Haeckel reprend les idées de Darwin et de l’évolution mais en donne aussi une orientation raciste en introduisement fallacieusement l’idée que l’évolution produit une hierarchisation des espèce. La repésentation en forme d’arbre ci-dessus laisserait penser en effet que toute l’histoire de l’évolution conduirait à une sorte sommet que serait l’Homme. Le finalisme conduit ici à un anthropocentrisme.

    Il faut donc être prudent avec le finalisme, car cette façon de penser court le risque de l’anthropomorphisme.(attitude qui rapporte toute chose de l’Univers à l’homme). On pense les productions vivantes de la nature par analogie avec les productions techniques de l’homme. Et par là, on risque de manquer la spécificité de la vie par rapport aux productions artificielles de l’homme.

    Prenons le cas d’1 production artificielle, par exemple 1 couteau :

    • le but de couper ses aliments est ce qui vient en 1er : existe dans l’esprit humain
    • ensuite vient la phase où on organise des moyens en vue d’atteindre cette fin le plus efficacement possible (on va rechercher le matériau le plus solide, la forme la plus coupante…)

    Il faut donc être très prudent, et prendre garde à ne pas tomber dans cette erreur de raisonnement. Spinoza, un autre philosophe critiquant le finalisme, explique les raisons de cette erreur: « Les hommes jugent nécessairement de la nature des choses d’après la leur propre ». Or ce n’est pas du tout de cette manière que fonctionne l’évolution du vivant au sein de la nature. Darwin a ainsi montré que la nature n’imite pas les réalisations d’un créateur tout-puissant. En effet, la théorie de l’adaptation par sélection naturelle évacue la finalité.

  • Etape 5 : L’évolution du vivant.

    Cours de Bérangère Duchange.

    Conrad Martens, Le HMS Beagle dans les eaux de la Terre de Feu. C’est pendant ce voyage (1831-1836) que Darwin commencera à élaborer une partie de sa théorie qu’il publiera dans L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie (The Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life).

    Le HMS Beagle dans les eaux de la Terre de Feu, peinture de Conrad Martens réalisé durant Le Voyage du Beagle (1831-1836), provenant de The Illustrated Origin of Species de Charles Darwin illustré par Richard Leakey,

    L’évolution est un mécanisme non une intention de la nature.

    « Ce qu’a montré Darwin avec la sélection naturelle, c’est la possibilité de remplacer l’intention, le dessein qui semble guider l’évolution du monde vivant, par un système de causalité physique. Un mécanisme, simple dans son principe, permet de simuler les actions qu’une volonté dirige vers un but. But et volonté signifient qu’une intention précède l’action ; qu’un projet d’adaptation préexiste à la réalisation des structures. La théorie de la sélection naturelle consiste très précisément à retourner cette proposition. Les structures se forment d’abord. Ensuite elles sont triées par les exigences de la vie et de la reproduction. Ne peuvent persister que celles accordées à leur milieu. C’est de ce renversement, de cette sorte de révolution copernicienne que vient l’importance de Darwin pour notre représentation de l’univers et de son histoire. En théorie, toute séquence d’événements qui, a posteriori, paraît orientée vers un but peut être expliquée par un mécanisme physique, par une série d’essais avec élimination des erreurs ».

    François Jacob Evolution et réalisme (1974)

    Lucrèce se passait du finalisme pour expliquer la diversité de la vie ; la théorie de la sélection naturelle se passe du finalisme pour expliquer une autre dimension de la vie : son histoire. Or peut-être l’argument de la finalité tend-il à renaître encore plus fortement quand on pense à l’évolution des formes vivantes, aboutissant à cette forme particulièrement complexe qu’est l’homme. Le sens commun éprouve quelques réticences à concevoir que la prodigieuse diversité des vivants,  toutes leurs propriétés, et surtout l’homme lui-même, procèdent exclusivement de la sélection naturelle. On retrouve dans l’ensemble le même renversement que dans le texte de Lucrèce.

    François Jacob (1920-2013), Prix Nobel de Médecine en 1965.

    Ce pourquoi F. Jacob peut parler de « révolution copernicienne ». Copernic a montré que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la Terre, mais l’inverse. Ici, on pourrait croire que l’évolution est orientée vers un but, et tout se passe comme si c’était le cas : meilleure adaptation à l’environnement. Mais cette façon de penser a recours aux causes finales.

    Deux approches pour expliquer l’évolution.

    1) Le finalisme (encore!)

    =>Penser que tel être s’est proposé un fin (l’adaptation la meilleure possibilité par rapport au milieu) et a organisé des moyens en vue d’atteindre cette fin. Cet être peut être soit la chose elle-même (la rose a des épines pour se défendre contre les oiseaux). Soit on suppose un Dieu invisible, La nature etc.

    Dans le cas du recours à une création divine du monde, on est alors dans l’ordre de la croyance : mais il faut bien distinguer croire et savoir. (la croyance est 1 attitude d’adhésion et d’affirmation, qui ne dispose pas de preuve pour établir la réalité ou la vérité de ce qu’elle affirme)

     En quoi un tel jugement est-il insatisfaisant pour un scientifique ?

    => Par un tel jugement, je prête à la plante une volonté de se défendre contre les oiseaux, de défendre sa propre vie (donc la plante est censée accorder une valeur à sa propre vie). On attribue une volonté à un végétal ce qui reste quand même hautement improbable.

    Problème : Comment, dans ces conditions, peut-on penser l’évolution de manière scientifique, c’est-à-dire en rejetant les causes finales, et en se concentrant sur les causes efficientes ? Jusqu’à quel point l’évolution du vivant est-elle explicable à partir d’une causalité purement mécanique ?

    Le mécanisme aveugle de l’évolution :

    Reprenons l’exemple de la rose. Darwin permet de faire l’économie de cette attribution invraisemblable d’une volonté ou d’une conscience à la rose. Comme le dit F. Jacob, il suffit d’un mécanisme simple.

    1) On suppose qu’à un certain moment, une variation accidentelle s’est produite : une plante a eu quelque chose qui ressemblait à des épines. (on retrouve ici la notion de hasard)

    2) conséquence strictement mécanique : les oiseaux (ou autre chose) les mangeaient moins. Ces plantes ont donc pu produire plus de graines, et s’assurer ainsi une expansion beaucoup plus importante que les autres plantes (qui, elles, étaient davantage mangées par les oiseaux, donc produisaient moins de graines, et mécaniquement, laissaient moins de descendants).

    Conclusion : Avec la théorie de la sélection naturelle, la meilleure adaptation n’est pas 1 but préexistant et guidant l’évolution. C’est la conséquence mécanique du tri opéré par la sélection naturelle.

    • les structures existent d’abord
    • seules les + adaptées sont conservées

    Doit-on se cesurer tout énoncé finaliste? 

    Cela ne veut pas dire que le sens n’existe pas : mais il faut comprendre que ce sens n’existe que pour nous, que par rapport à nous. Dans le texte de F. Jacob relevons les termes : qui « semble », qui « simule », « qui a posteriori paraît orientée cers un but » : c’est l’esprit humain qui fait l’analogie.

    La finalité est une  catégorie de la pensée humaine, la façon dont nous avons tendance à penser les choses ; mais cela ne veut pas dire pour autant que les choses se passent exactement comme nous avons tendance à les penser. C’est même plutôt le contraire en ce qui concerne les choses de la vie…

    Pourtant, il ne faudrait pas croire que la finalité a été définitivement évacuée de la biologie moderne. Certes, on continue à récuser toute finalité extérieure : projet qui serait imposé de l’extérieur à la nature (naïvement, dire que les moutons ont été créés pour nourrir l’homme…). La biologie a évacué le finalisme (explication par les causes finales) mais elle s’est réapproprié l’idée de finalité, une finalité intérieure : fonctionnement harmonieux et efficace des différentes parties du corps (cellules, organes…) qui rend l’organisme capable d’autorégulation et d’autoréparation par rapport aux agressions du milieu extérieur.

    Comprendre le fonctionnement du foie, comme celui d’une machine c’est bien essayer de se poser la question : « à quoi ça sert? ». Pour cela, comme pour décrire le fonctionnement d’une machine on postule que le foie a été construit comme s’il était fait pour répondre à une fonction. 

    Paradoxe:

    • l’idée de finalité ne peut rien faire connaître, puisque les causes finales n’expliquent rien
    • mais en même temps, le biologiste ne peut pas s’en passer, car il a affaire à des êtres vivants, qui sont des êtres organisés, formant une totalité et poursuivant un projet (par ex mettre en place des systèmes de défense face à l’attaque d’une prédateur).

    Finalité de la machine, Finalité pour le vivant. 

    Si la machine réalise un projet conçu par l’homme, le vivant, lui, ne tient son projet que de lui-même.

    • le projet de l’organisme est immanent à sa structure.

    Ses constituants sont subordonnés à un fonctionnement global, que le biologiste doit bien tâcher de comprendre (ce pourquoi il peut être amené à sortir du cadre strict du mécanisme, pour poser la question : « à quoi ça sert ? »). Question qui reste en suspens : peut-on expliquer la nature du vivant à partir des seuls principes du mécanisme, sans recours à la finalité ?

    Tout n’est pas utile dans la nature.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que la nature, en aucun cas, ne cherche toujours à promouvoir certaines qualités, telles que la beauté, la force, la rapidité… Il n’y a pas d’orientation vers une quelconque perfection : ce pourquoi on ne peut pas parler, à propos de l’évolution, de progrès. Tout dans la nature n’a pas de réelle utilité. Preuve que tout n’a pas été pensé pour servir à une tâche bien précise…

    Exemple du cerveau humain.

    • formation d’1 néocortex dominant
    • maintien d’1 antique système nerveux et hormonal, en partie resté autonome, et donc seulement placé en partie sous la tutelle du néocortex

    « tout ce processus évolutif ressemble fort à du bricolage. C’est un peu comme l’installation d’un moteur à réaction sur une vieille charrette à cheval. Rien d’étonnant s’il arrive des accidents ». Franàçois Jacob.

    « les structures se forment d’abord ».

    Dimension dans l’évolution qu’il faut absolument prendre en compte : le facteur –temps. Toute structure biologique est le résultat d’une histoire. Ce pourquoi on peut dire que la nature « bricole » : elle fait du neuf avec du vieux. Ainsi, à proprement parler, la sélection naturelle ne « crée » rien par elle-même. Elle ne peut travailler que sur les structures qui existent déjà…

    Métaphore de l’ingénieur et du bricoleur.

    Ingénieur : 

    1) L’ingénieur travaille sur plan, selon un projet longuement mûri. Il travaille dans un bureau : étape théorique.

    3) ) Pour fabriquer une structure nouvelle, il ne procède pas nécessairement à partir d’objets anciens (l’ampoule électrique ne dérive pas de la chandelle).

    Bricoleur : 

    1) ) Pour fabriquer une structure nouvelle, il ne procède pas nécessairement à partir d’objets anciens (l’ampoule électrique ne dérive pas de la chandelle).

    2) Et les objets produits ne participent d’aucun projet d’ensemble. Cela dépend des circonstances.

    Le mécanisme de la sélection naturelle : ingénieur ou bricoleur ?

    => L’évolution travaille sur ce qui existe déjà, de même que le bricoleur récupère tt ce qui lui tombe sous la main (bouts de ficelle, morceaux de bois…)
    => l’évolution reste très loin de la perfection : au contraire, imperfections, bizarreries… sans compter l’extinction des espèces (on estime que quelque 500 millions d’espèces ont disparu depuis les origines de la vie sur terre, sachant que le nombre d’espèces vivant actuellement est de plusieurs millions).
  • Etape 6 : Le cerveau et la conscience.

    Quels rapports entre le cerveau et l’esprit ?

    La question du cerveau et de la conscience est une

    Retour à la question des relations entre matière et esprit :

    Matérialisme :

    Tout serait explicable uniquement à partir de la réalité matérielle ; il n’y a que la matière et ses lois.

    Spiritualisme :

    Réalité ultime = l’esprit

    La science ne peut saisir que la réalité extérieure, que ce qui est mesurable et quantifiable ; elle n’a pas accès à l’esprit et c’est pour cette raison qu’elle en nie l’existence.

    Dans le domaine du vivant, opposition :

    Mécanisme

    Vitalisme

    Débat matérialisme / spiritualisme appliqué au pb de la conscience humaine :

    • position des sciences du système nerveux (neurologie, sciences cognitives…) :

    conçoivent la pensée comme étant le résultat du fonctionnement du cerveau.

    Cf. localisations cérébrales : l’imagerie cérébrale (scanners) permet aujourd’hui de visualiser et de localiser dans le cerveau les activités sensorielles et cognitives d’un individu.

    • réductionnisme matérialiste : remplace les facultés de l’esprit par des fonctions du cerveau ;

    On peut tout à fait transcrire la conscience en termes d’intensité électrique et de processus chimiques.

    Certes, il est indéniable qu’il existe un lien entre la pensée et le cerveau : personne ne peut penser sans cerveau, ou avec 1 système nerveux central gravement endommagé.

    Pb : le système nerveux est-il la condition nécessaire et suffisante de la pensée ?

    Met-on ainsi en évidence l’esprit lui-même, ou seulement les conditions de son fonctionnement ?

    On peut déjà faire 1 objection au réductionnisme des neurosciences, avec les apports de la psychanalyse :

    => on peut tout à fait avoir 1 cerveau en parfait état de marche, et pourtant souffrir de graves troubles de l’âme ; et même, il semble que le corps pâtisse souvent des désordres de l’esprit.

    Autre objection : la philosophie spiritualiste de Bergson.

    « Je vous dirai donc qu’un examen attentif de la vie de l’esprit et de son accompagnement physiologique m’amène à croire que le sens commun a raison, et qu’il y a infiniment plus, dans la conscience humaine, que dans le cerveau correspondant. Voici, en gros, la conclusion où j’arrive. Celui qui pourrait regarder à l’intérieur d’un cerveau en pleine activité, suivre le va-et-vient des atomes et interpréter tout ce qu’ils font, celui-là saurait sans doute quelque chose de ce qui se passe dans l’esprit, mais il n’en saurait que peu de chose. Il en connaîtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l’état de l’âme contient d’action en voie d’accomplissement, ou simplement naissante : le reste lui échapperait. Il serait, vis-à-vis des pensées et des sentiments qui se déroulent à l’intérieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur la scène, mais n’entend pas un mot de ce qu’ils disent. Sans doute, le va-et-vient des acteurs, leurs gestes et leurs attitudes ont leur raison d’être dans la pièce qu’ils jouent ; et si nous connaissons le texte, nous pouvons prévoir à peu près le geste ; mais la réciproque n’est pas vraie, et la connaissance des gestes ne nous renseigne que fort peu sur la pièce, parce qu’il y a beaucoup plus dans une fine comédie que les mouvements par lesquels on la scande ».

    Bergson

    L’Energie spirituelle, « L’âme et le corps »

    Certes, il y a bien 1 solidarité entre les états de l’esprit et ceux du cerveau.

    Notamment expériences sur les localisations cérébrales, par ex l’aire de Broca en ce qui concerne le langage.

    Pour autant, peut-on réduire la conscience à 1 simple émanation du cerveau ?

    • thèse du réductionnisme des neurosciences, contre laquelle Bergson se bat, car il y voit 1 réduction abusive, niant la spécificité de la vie spirituelle par rapport à la matière.

    Il y a autre chose dans l’esprit que de la matière.

    Certes, il n’est pas question pour Bergson de nier l’importance du cerveau : organe où l’esprit s’insère dans la matière. Dispositif permettant de concrétiser, de traduire à l’extérieur les mouvements purement intérieurs de l’âme.

    Grâce au cerveau, l’esprit reste en contact avec les réalités concrètes de la vie quotidienne ; le cerveau est « l’organe de l’attention à la vie », indispensable pour mener 1 action efficace dans le monde.

    Mais reste 1 différence de nature entre le monde de la matière, et celui de l’esprit :

    • autant le monde physique est divisible et homogène : monde de la science, où tout peut être quantifié, mesuré
    • autant la vie de l’esprit est continue et constamment changeante

    Il est ainsi illégitime de séparer telle douleur ou tel plaisir de la totalité dans laquelle ces sentiments prennent sens (exemple de la mélodie).

    Autant la science peut légitimement s’occuper des objets extérieurs, autant elle déforme les données intérieures : la science ne peut pas tout expliquer.

    Et il reste essentiel de comprendre que la vie de l’esprit déborde la vie cérébrale.

    Métaphore du théâtre : les localisations cérébrales sont comme les gestes de la pièce du théâtre.

    Mais il est impossible, si on ne dispose que de ces localisations, de rendre compte de l’intensité de la vie de l’esprit.

    Ex : telle localisation prouve que l’on a 1 activité de langage ; mais peut-on pour autant connaître le contenu du discours que l’on tient ?

    Liberté et déterminisme :

    Chez les organismes simples, le comportement est déterminé de manière très stricte par les gènes. Mais + les organismes se complexifient, moins le programme génétique est contraignant : il ne prescrit plus dans le détail les moindres aspects du comportement, mais il laisse à l’organisme des poss de choix : liberté de réponse.

    Au lieu d’imposer des réponses stéréotypées, rigides, il confère à l’organisme des potentialités qui se développeront de manière variée, en fonction du milieu.

    Ex : chez l’homme, c’est bien l’équipement génétique qui permet à l’enfant d’apprendre à parler ; mais c’est bien son milieu et la société ds laquelle il grandit qui lui apprend 1 langue plutôt qu’1 autre.

    Dans ces conditions, on peut difficilement éviter de dire que l’ « esprit » est 1 produit de l’organisation du cerveau ; pour autant, on ne peut pas non plus l’y réduire.

    Voir le cas des enfants-sauvages…

    Il est bien illusoire, dans ces conditions, de prétendre être en mesure de départager l’inné (déterminisme génétique) et l’acquis (influence du milieu, culture). Séparer les 2 est au plus haut point artificiel, car la réalité humaine mêle les 2 de façon indissociable.

    Transition : l’homme n’est donc pas 1 vivant comme les autres…

    Il est le seul animal à pouvoir penser l’évolution, à disposer d’une conscience réfléchie…

    S’il y a asymétrie, ce n’est pas du point de vue de sa composition biologique (+ de 98 % de gènes en commun avec les chimpanzés, par exemple) ; mais du point de vue de sa responsabilité.

    Avec ses qualités de nature, l’homme a su créer un monde de culture et de connaissances. L’évolution biologique a doté l’homme de la redoutable propriété de se revendiquer comme libre ; et donc, de se savoir responsable de ses actions.

    Là réside l’asymétrie entre 1 être responsable des conséquences de l’exercice de son pouvoir sur 1 monde de nature, qui lui n’est en rien responsable, ni de lui, ni de nous…

    Se pose aujourd’hui une question inédite : face aux pouvoirs inouïs que l’homme a acquis sur le monde, et désormais sur lui-même (biotechnologies), faut-il, à 1 moment donné, décider de ne pas savoir, s’interdire de poursuivre les recherches ?