L’identité personelle / Locke.

Comment peut-on être le même tout en étant différent?

NICHOLAS NIXON, 1975, New Canaan, Conn.

ACTIVITE (1h et des poussières)

« Il est bon de se prosterner dans la poussière quand on a commis une faute, mais il n’est pas bon d’y rester. » Chateaubriand quelque part.

Rendez vous sur le site suivant : lisez l’article ICI

=> Lire l’article.

=> Regardez les photographies.

Vous devez à partir de là.

Partie 1 : Nicholas Nixon; The Brown sisters.

1)  Faire une recherche très rapide sur la méthode de travail de Nicholas Nixon. Dans quel contexte ces photos ont été prises? Quel intervale de temps?

2)  Dégagez l’intérêt du procédé mis en oeuvre par Richard Nixxon.

3)  Vous écrirez individuellement ou en groupe de deux une réflexion sur l’intérêt artistique que cette démarche présente en vus posant la question de savoir en quoi cette oeuvre nous permet de réflèchir sur la question de l’identité personnelle.

Partie 2 : Le concept d’identité personnelle. (Texte page 57)

1) Lire le texte.

=> Relevez dans le texte le vocabulaire employé qui fait référence à une analyse cartésienne de la conscience.

=> Relevez dans le texte le vocabulaire qui selon vous n’apparaît pas être cartésien.

2) Dégagez l’idée essentielle du texte.

=> Quel concept Locke cherche t-il à expliquer dans ce texte ?

=> Formulez la thèse.

3) Reformuler ce que l’on a compris.

=> Essayez de représenter l’argumentation de Locke grace à un schéma ou un dessin.

4) Réflèchir. (Facultatif pour les S) 

=> Vous réfléchirez à cette question suivante en proposant si vous le souhaitez une introduction et /ou un plan détaillé sur le sujet suivant :

N’est-on jamais soi-même qu’en étant un autre?

Quelques documents complémentaire : 

=> Paul Ricoeur (philosophe français)  a écrit un ouvrage qui s’appelle soi-même comme un autre. Il s’agit d’un ouvrage difficile qu’il n’est pas utile de lire sans avoir un minimum de bagages philosophiques. Néanmoins le titre laisse déjà réflèchir. Vous pouvez écouter une émission sur Ricoeurici. et d’autres lien ici. (oui grace à mon iphone je peux podcater et écouter de la philosophie dans le bus).

=> L’art portrait et les « au moins » soixante portrait de Rembrandt. Une video ici

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Comment expliquer notre propre permanence ? Comment expliquer que je ne suis plus celui que j’étais alors que pourtant je suis le même. Qui était-ce petit garçon qui courrait dans les champs, au milieu des fleurs pour attraper les papillons voletant au dessus des bleuets et des coquelicots, qui suis-je moi maintenant en train d’écrire ses lignes pour des élèves qui en terminales oublie ce que le mot marge signifie? Qui serai-je, quand usé par un travail inlassable et une nervosité incessante, je marcherai le long des grandes friches industrielles, prenant ces photos que le temps cette fois me permettra enfin de prendre ? Oui, au travers d’une trame d’une vie, il faut bien l’admettre, plusieurs vies s’écoulent, et pourtant, voilà le paradoxe, nous sommes et nous ne sommes pas, nous restons les mêmes alors que nous ne sommes pas les mêmes. C’est bien cette question que John Locke s’approprie dans An Essay Concerning Human Understanding (1689). Ouvrage sec mais impressionnant, Locke essaie de comprendre d’où viennent nos connaissances, sans passer par la métaphysique, sans chercher à fonder la science sur un principe indubitable comme le faisait Descartes. Locke veut faire la genèse de nos idées(ideas and impressions) en adoptant la méthode de l’observation. Il veut construire une philosophie qui ne s’embarrasse pas d’idées abscondes, fumeuses, il veut emprunter une démarche qui est celle des sciences de la nature, une démarche concrète, une démarche empiriste.

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Locke va alors aborder le thème de la conscience et de l’identité personnelle. Tout le texte (le paragraphe 9) commence dans un style très cartésien. Qu’est ce que la personne : « un être pensant et intelligent, doué de raison et de réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme soi-même ». Locke reprend bien cette idée déjà exposée par le philosophe auteur des Méditations métaphysiques, la conscience est cette propriété réflexive de la pensée. Dès que je pense je sais que je pense, dès que j’ai une idée j’ai aussitôt conscience de cette pensée. Oui la pensée et la conscience ne sont pas deux choses séparées, mais deux choses simultanées, la pensée implique d’avoir conscience de ces pensées. Locke reprend l’argument : « La conscience accompagne toujours la pensée », car « il est impossible à quelqu’un de percevoir sans percevoir aussi qu’il perçoit ». Locke est d’accord, la réflexivité de la pensée est sa marque, la différence entre nous et ses machines capable de faire des calculs savants et compliqués sans savoirs qu’elles font des calculs savants et compliqués. Oui mais, Locke introduit une nuance. C’est bien parce que nous sentons que nous sommes capable de savoir que nous sentons. La pensée abstraite d’un Descartes (où le corps avait été évacué par le doute) devient une pensée sensible qui se saisit elle-même à travers un vécu, un senti, un feeling. Dans tous les cas, le mérite de Locke et de ne faire reposer la notion de conscience de soi sur aucune métaphysique (ancienne comme celle de l’âme) ou moderne (le synapse et l’idée que le cerveau pense).

 

Cette différence est très importante et marque peut-être la différence entre une philosophie française ou continentale qui aime ses abstractions et une philosophie anglo-saxonne plus enclin à évoquer la pensée à travers une sensation où une sensibilité. Mais peu importe pour nous ici, l’idée de Locke qui nous intéresse est la concept de personne. Parce que nous avons conscience de nos propres pensées nous sommes conscient que la pensée est aussi ma pensée. Cette bien cette réflexivité de la conscience qui me permet de me reconnaître à chaque instant dans chacune de mes pensées. Elle forme un individu qui bien que ayant changé, se reconnaît tout le temps dans ses pensées présentes et passées. Certes je ne suis plus le même, je ne suis plus ce loubard cocasse et vagabond que j’étais dans mes années d’adolescence difficiles, mais il n’empêche que je suis capable de m’attribuer mes actes, ceux que je réprouve peut être ou que j’approuve. Oui c’est bien « moi », je reconnais que ce sont les miens car j’en ai eu conscience au moment où je les ai commis ou pensé. La conscience de soi est chez Locke le fondement de la mémoire et la mémoire c’est le fondement de la personne : « Je me souviens », « je me rappelle », « oui, c’est bien ce que je pensais ou ce que j’ai fait à ce moment là ». La subjectivité n’est donc pas seulement un paquet de feuille volante qui s’empilerait à chaque moment de ma vie, c’est un tout cohérent où la conscience de soi lie le passé et le présent. C’est ce que l’on appelle l’ipséité. L’ipséïté ce n’est pas être le même c’est à dire être identiquement le même comme le rocher qui ne bouge pas et ne change que très lentement. L’ipséïté c’est le fait d’être le même dans le changement et malgré tout d’être capable de se reconnaître derrière chacune de mes pensées : « l’identité d’une personne s’étend aussi loin que cette conscience peut atteindre rétrospectivement toute action ou pensée passée »..

Cette métaphysique du sujet n’est pas gratuite chez Locke, premier auteur de la pensée politique libérale moderne. Le concept de personne chez Locke c’est ce qui permet de fonder la responsabilité. Comment juger quelqu’un pour ce qu’il a fait dans son passé? : C’est parce qu’il s’agit de la même personne. Comment attribuer la même propriété privée à quelqu’un ? C’est parce qu’il reste la même personne. La personne se justifie métaphysiquement, mais elle est un concept fondateur du droit. Sans la personne pas de droit inaliénables (dont Locke est un des précurseurs), fondements de nos démocraties modernes. Sans le concept de personne pas de justice fondée sur des principes rationnels : juger quelqu’un pour ce qu’il a fait et non pas pour ce qu’il n’a pas fait. Les fous, les enfants ne sont donc pas des personnes car « ce qui a la conscience d’actions présentes et passées est la même personne à laquelle elles appartiennent ensemble » or les enfants ou les fous n’ont pas conscience de leur propres actes passés ou présents.

Le fou selon Gotlib, Rubrique à brac.

John Locke nous montre donc l’articulation entre une pensée du sujet, de la conscience et une pensée juridique (le droit) et politique (les libertés inaliénables attachées à l’individu). Locke est en ce sens un des fondateurs de l’individualisme philosophique qui donne une réalité et du sens au concept d’individu. Le concept de personne articule la dimension de la conscience de soi propre au sujet, avec la dimension politique de la responsabilité individuelle nécessaire dans une démocratie et une économie de marché fondée respectivement sur les libertés et les responsabilités d’un coté et sur la propriété privéeindividuelle de l’autre. (Que l’on ne vienne plus me dire qu’il n’y a aucun rapport entre le cours de SES et le cours de philo).