Origine des pensées et du désir chez Hobbes.

Nous étudierons dans cette partie l’empirisme de Hobbes, et l’analyse de l’imagination qui suit celui consacré à la sensation. Nous insisterons sur la particularité du Léviathan, ouvrage qui porte sur la fondation de l’ordre politique, de commencer par un sujet qui semble particulièrement éloigné de celui que se propose Hobbes. Comment expliquer ce long détour par lequel commence l’ouvrage qui va traiter de l’origine de nos idées et de la façon dont elles s’enchaînent en notre esprit?

Chapitre 1 : De la sensation.

D’emblée Hobbes annonce qu’il souhaite analyser l’origine de nos pensées humaines. Nous étudierons d’abord l’explication hobbessienne de la sensation puis ensute nous analyserons pourquoi Hobbes commence inaugure le Léviathan par une analyse de la genèse de nos idées.

« Or de ces idées les unes me semblent être nées avec moi, les autres être étrangères et venir de dehors, et les autres être faites et inventées par moi-même. »
René Descartes, Méditation Métaphysiques, Méditation III

L’empirisme de Hobbes.

La question de l’orgine de nos pensées a été une longue coversation entre les philosophes, depuis la philosophie grecque où de nombreuses thèses ont pu être avancées sur le sujet, mais le XVII et le XVIII siècles vont être des périodes où cette questions va être particulièrement débattue. Le débat se déroule essentiellement entre les auteurs que l’ont peut ranger sous l’étiquette « empiriste » et « l’étiquette » rationaliste. Une des questions qui se pose peut être résumée, peut être, à travers une expérience de pensée que nous pouvons tous faire. Quelle est la source de nos idées? Imaginons que nous soyons capable de faire grandir un cerveau dans une cuve, sans corps, et sans contact donc avec l’extérieur par l’intermédiaire des sens. Est ce que ce cerveau, capable de pensée pourrait produire des idées ou bien, sans la sensation, serait-il privé de la faculté de former des idées? Descartes, aura dans les Méditations Métaphysiques été particulièrement clair à ce sujet.

Hobbes est auteur empiriste qui affirme que l’origine de toutes nos pensées est la sensation : « Ce que nous appelons SENSATION est à l’origine de toutes nos pensées. »  Cette thèse sera reprise et commentée par toute une tradition de la philosphie, notamment en Angleterre.

“Supposons donc qu’au commencement l’Ame est ce qu’on appelle une Table Rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à reçevoir des idées ? Je réponds en un mot, de l’Expérience”

John Locke, Essai philosophique concernant l’esprit humain

Pourquoi une analyse de l’origine de nos idées?

La thèse empiriste et le matérialisme de Hobbes a été clairement énoncée dans l’introduction, quand Hobbes explique avec quels principes la mécaniques classique, c’est à dire la physique du XVII siècle, analyse les lois du mouvement. La révolution Galiléenne, mais à laquelle contribuent de nombreux physiciens, a été une révolution car elle a renoncé à une explications qui procéderait par la causalité finale, par l’âme ou par les esprits. Nous sommes dans une physique des chocs, une physiques des corps où tout mouvement d’un corps doit être analysé en fonction du mouvement d’un corps qui l’a précédé (les boules de Billard).

Ce modèle épistémologique a été affirmé dès l’introduction et va évidemment servir pour l’analyse du corps politique qui pour Hobbes n’est pas d’une nature différente que celles des corps de la Nature. En d’autres termes, la science politique ne doit pas appliquer une méthode différente de la physique, elles ont toutes deux des objets différents (l’une étudie la nature, l’autre étudie le corps social) mais elles se rejoignent quand au modèle utilisé car il s’applique au même genre de chose : les corps. Il n’est donc pas surprenant de voir Hobbes commencer le Léviathan par une analyse de la sensation, puisqu’elle est à l’orgine de nos idées et que nos idées sont à l’origine de nos passions qui seront au coeur de l’analyse de l’état de Nature et du passage de l’état de nature à l’état civil.

Chapitre 2 : De l’imagination :

Le chapitre a pour objectif apparent de définir et d’analyser l’imagination. On verra cependant que cet objectif est triple. Il s’agira d’abord d’approfondir le lien entre les pensées et la sensation qui a été formulé dans le chapitre 1. Ensuite il s’agira pour Hobbes de poser un modèle qui sera celui sa philosophie, le modèle de la physique et particulièrement celui de la mécanique classique (l’étude du mouvement des corps). Enfin, il s’agira pour Hobbes de poser les fondements de son analyse du désir (à venir dans les chapitres suivants, qui sera analysé comme un mouvement, comparable à celui des corps que la physique étudie.

Qu’est ce qu’une image et quel est son lien avec la pensée?

Dans ce chapitre, Hobbes essaye alors de répondre à la question suivante :

“Comment se fait-il que nous ayons des idées de chose dont nous n’avons pas la sensation immédiate?”

On rappellera que le chapitre 1 pose le principe fondamental qui affirme qu’il n’y pas d’idée sans sensation. Pourtant, nous avons bien en notre esprit des idées qui ne correspondent pas à une sensation présente et actuelle. Comment pouvons nous donc avoir l’image d’une chose sans que cette chose soit présente devant nous? Il s’agit pour Hobbes d’approfondir le mécanisme de la sensation, et d’approfondir sa pensée empiriste pour rendre compte de la complexité de nos idées sans renoncer à la sensation comme origine de nos pensées.

  • Comment expliquer la mémoire c’est à dire le fait que nous puissions nous rappeler de quelque chose que nous avons vu, entendu sans que cette chose soit présente?
  • Comment avons nous de la mémoire?
  • Enfin, comment expliquer les rêves qui sont bien des combinaisons d’images et qui se produisent pendant notre sommeil au moment où notre corps est en veille et donc ne perçoit plus de façon consciente.

⇒ Selon HOBBES l’imagination est :

  • Une sensation qui perd en vivacité, en détail.
  • Une sensation qui se dégrade

EX: On peut tous imaginer un cheval blanc sans qu’il ne soit véritablement devant nous.

La sensation, rappelons le, est explicable en termes de chocs (la particule qui frappe l’oeil, qui frappe le nerf, qui frappe le cerveau etc.) Ce choc, ce mouvement corporel produit des images qui ne disparaissent donc pas totalement après que l’objet ait disparu de notre champ de perception. En effet, un mouvement ne s’arrête que s’il est bloqué ou atténué par un autre mouvement:

“Une chose en mouvement restera éternellement en mouvement a moins que quelque chose l’arrête”

Cette phrase est la formulation d’un principe que les physiciens commencent à postuler au XVII ème  siècle : le PRINCIPE D’INERTIE. Il permet d’expliquer le fait que le choc produit dans notre corps et qui produit les images mentales, ne cesse pas. La sensation est le moment de ce choc et l’image qui en découle, l’imagination est le fait que cette image perdure perd en intensité mais ne disparaît pas.

Le rôle du modèle de la physique.

Derrière cette explication qui rend compte de l’imagination et qui correspond à une expérience que nous pouvons tous faire (regarder un objet, fermer les yeux et se rendre compte que l’image subsiste) il est intéressant de noter que la physique sert ici de modèle à la philosophie. Le principe d’inertie pose le principe suivant:

  1. Un corps en mouvement si il ne rencontre pas d’obstacles n’ a aucune raison de s’arrêter.
  2. Si un corps est en repos = il est donc bloqué / coincé par autre chose il ne se mettra en mouvement que si on enlève cet obstacle.

Lancer un stylo, il chute, son mouvement s’arrête sur la table, ôter la table, il chute encore, ôter le sol etc.

Allan, nous expliquera les principes de la physique d’Aristote, et nous montrerons à partir de son exposé que la physique classique, celle que Hobbes utilise et dont le grand nom est Galilée, s’attaque aux conceptions aristotélicienne du mouvement. Nous montrerons dans l’unité 5 que cette question du mouvement, la révolution scientifique du XVII ème siècle est en lien avec le passage d’un monde géocentrique à un monde héliocentrique.

cf: http://thinkaboutit.virb.com/le-passage-du-gocentrisme–lhliocentrism

Cependant, Hobbes écrit bien un ouvrage de philosophie politique, il s’intéresse à la question de l’obéissance et de ce qui rend légitime le fait que l’Etat ait le droit de punir. On peut donc se demander pourquoi un tel passage par la physique de son époque est nécessaire. Le passage de la physique est nécessaire car Hobbes ne veut pas fonder sa philosophie politique sur des bases métaphysique. Hobbes adopte une approche pratique qui correspond à sa pensée empiriste. Le mouvement est observable, on le calculer, on peut en déduire les lois qui régissent son fonctionnement. De la même façon que la physique s’appuie sur une enchaînement rationnel d’observations et de déduction, hobbes veut construire une science politique qui applique la même méthode sur le même objet : le mouvement des corps. Mais concernant la politique, de quel corps est-il donc question?

Le désir est un mouvement, qui s’analyse comme le mouvement des corps de la Nature.

Le chapitre sur l’imagination fait écho au chapitre 13 qui est le chapitre consacré à ce que Hobbes nomme l’état de Nature.  Dans ce Chapitre, Hobbes soutiendra que l’homme est un être de desir. Affirmer cela, ce n’est pas dire que l’Homme est un être de plaisir, Hobbes veut au contraire souligner que lorsque l’homme désire fortement quelque chose, lorsqu’il souhaite acquérir un bien, il se met alors en mouvement. En réalité, le désir est ce mouvement qui me fait réaliser des actions afin d’obtenir l’objet du désir. Le mouvement humain est donc plus complexe que le mouvement de la pierre car il se porte sur un objet qui n’est pas toujours matériel (reconnaissance, richesses, gloire, amour etc.)

De la même manière que les corps ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes selon le principe d’inertie, le désir ne s’arrête pas non plus de lui même. S’il ne rencontre pas d’obstacles il s’arrêtera  jamais à cause de principes moraux, de motifs raisonnables.

Premier exemple, Don Juan lui-même. Personnage matérialiste qui ne croit pas dans la force de la morale, Don Juan sait que sa quête ne pourra s’arrêter que lorsqu’il sera mort. Sa conquête de La femme est voué à ne jamais cessée, Don Juan l’accepte, il ne cherche pas à y échapper.

Deuxième exemple le marché. Si le but d’Apple est admettons de vendre le plus de téléphone possible au maximum de personnes pour générer le plus de profit, la seule chose qui peut limiter Apple dans cet objectif ce sont des obstacles extérieurs. Cette entreprise a des concurrents qui visent le même but comme lui. Le mouvement du désir n’est pas infinis car à la manière donc deux corps se heurtent, se bloquent et passe du mouvement au repos, les deux entreprises arrivent dans une situation d’équilibre.

Troisième exemple, le commerçant chez Kant qui craint plus la peine (se confronter à la police) plutôt que de faire payer le triple à la petite fille qui ne sait pas compter (plaisir du profit). Selon Hobbes un mécanisme de peine et de plaisir se met en place, le désir de profit se trouve limiter par le désir d’éviter une douleur future. Le commerçant sera honnête. Pour Kant ce comportement n’est pas moral, pour Hobbes il résulte de l’opposition entre deux forces qui vont en sens contraire et finissent par produire un état de repos.

Conclusion:

Grâce au modèle de la physique, du principe d’inertie, Hobbes prépare le terrain pour analyser le désir, il y a une analogie, les lois du mouvement sont de même nature que les lois du désirs. L’homme chez Hobbes est un être de désir, non raisonnable mais rationnel, il est égoïste et non pas méchant, tout faire pour satisfaire un désir avant d’être limiter par un obstacle et dans sa Nature de la même façon qu’un pierre en chute libre continuera indéfiniment sa course tant qu’elle ne rencontrera pas d’obstacles elle aussi.